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ACTE I, SCÈNE II.
Mourir pour son pays, ou détruire le mien;
Et cet objet d'amour devenir, pour ma peine,
Digne de mes soupirs, ou digne de ma haine.
Hélas!
JULIE.
Elle est pourtant plus à plaindre que vous.
On peut changer d’amant, mais non changer d’époux AOubliez Curiace, et recevez Valère,
Vous ne tremblerez plus pour le parti contraire,
Vous serez toute nôtre, et votre esprit remis 1 2N’aura plus rien à perdre au camp des ennemis.
CAMILLE.
Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes,
Et plaignez mes malheurs sans m’ordonner des crimes.Quoiqu’à peine à mes maux je puisse résister,
J’aime mieux les souffrir que de les mériter.
JULIE.
Quoi! vous appelez crime un change raisonnable?
CAMILLE.
Quoi! le manque de foi vous semble pardonnable?
JULIE.
Envers un ennemi qui peut nous obliger?
CAMILLE.
D’un serment solennel qui peut nous dégager?
JULIE.
Vous déguisez en vain une chose trop claire :
Je vous vis encore hier entretenir Valère;
Et l’accueil gracieux qu’il recevoit de vousLui permet de nourrir un espoir assez doux.
1 Ce vers porte entièrement le caractère de la comédie. Corneille, enayant tait plusieurs, en conserva souvent le style. Cela était permisde son temps ; on ne distinguait pas assez les bornes qui séparent lefamilier du simple : le simple est nécessaire, le familier ne peut êtresouffert. Peut-être une attention trop scrupuleuse aurait éteint le feudu génie ; mais, après avoir écrit avec la rapidité du génie, il faut cor-riger avec la lenteur scrupuleuse de la critique. (V.)
2 Vous serez toute nôtre.
n’est pas du style noble. Ces familiarités étaient encore d’usage. (V.}