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ACTE I, SCÈNE II.
Lui qu’Apollon jamais n’a fait parler à faux 1Me promit par ces vers la lin de mes travaux :
« Albe et Rome demain prendront une autre face 2 ;
« Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix,
« Et tu seras unie avec ton Curiace,
« Sans qu’aucun mauvais sort t’en sépare jamais. »
Je pris sur cet oracle une entière assurance,
Et, comme le succès passoit mon espérance,
J’abandonnai mon ame à des ravissementsQui passoient les transports des plus heureux amants.
Jugez de leur excès! je rencontrai Valère,
Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire ;
Il me parla d’amour sans me donner d’ennui :
Je ne m’aperçus pas que je parlois à lui;
Je ne lui pus montrer de mépris ni de glace 3 :
1 Parler à faux n’est pas sans doute assez noble, ni même assezjuste. Un coup porte à faux, on est accusé à faux, dans le stylefamilier; mais on ne peut dire, il parle à faux , dans un discours tantsoit peu relevé. (Y.)
2 On pourrait souhaiter que cet oracle eût été plutôt rendu dans untemple que par un Grec qui fait des prédictions au pied d’une mon-tagne. Remarquons encore qu’un oracle doit produire un événementet servir au nœud de la pièce, et qu’ici il ne sert presque à rien qu’àdonner un moment d’espérance. J’oserais encore dire que ces mots àdouble entente, sans qu’aucun mauvais sort t’en sépare jamais , pa-raissent seulement une plaisanterie amère, une équivoque cruelle surla destinée malheureuse de Camille. Le plus grand défaut de cettescène, c’est son inutilité. Cet entretien de Camille et de Julie roulesur un objet trop mince, et qui ne sert en rien, ni au nœud, ni audénouement. Julie veut pénétrer le secret de Camille, et savoir si elleaime un autre que Curiace : rien n’est moins tragique. (Y.)
3 On pourrait faire ici une réflexion que je ne hasarde qu’avec ladéfiance convenable : c’est que Camille était plus en droit de laisserparaître son indifférence pour Yalère, que de l’écouter avec complai-sance; c’est qu’il était même plus natu/el de lui montrer de la glace ,quand elle se croyait sûre d’épouser son amant, que de faire bon-visage à un homme qui lui déplaît ; et enfin ce trait raffiné marqueplus de subtilité que de sentiment, il n’y a rien là de tragique. Mais cevers :
Tout ce que je voyois me sembloit Curiace,est si beau qu’il semble tout excuser.
Il est vrai que ce petit incident, qui ne consiste que dans la joie