123
ACTE I, SCÈNE III.
CAMILLE.
Je le dois croire ainsi, puisque je le souhaite;
Mais je me trouve enfin, malgré tous mes souhaits,
Au jour d’une bataille, et non pas d’une paix.
JULIE.
Par là finit la guerre, et la paix lui succède.
CAMILLE.
Dure à jamais le mal, s’il y faut ce remède !
Soit que Rome y succombe ou qu’Albe ait le dessous %
Cher amant, n’attends plus d’être un jour mon époux ;Jamais, jamais ce nom ne sera pour un hommeQui soit ou le vainqueur ou l’esclave de Rome,
Mais quel objet nouveau se présente en ces lieux?
Est-ce toi, Curiace ? en croirai-je mes yeux?
SCÈNE III.
CURIACE, CAMILLE, JULIE.
CURIACE.
N’en doutez point, Camille, et revoyez un hommeQui n’est ni le vainqueur ni l’esclave de Rome 2 ;
Cessez d’appréhender de voir rougir mes mains
J Avoir le dessus ou le dessous ne se dit 'que dans la poésie burles-que; c’est le di sopva et le di soito des Italiens. L’A.rioste emploiecette expression lorsqu’il se permet le comique ; le Tasse ne s’en sertjamais. (V.)
Racine a dit dans Phèdre :
Votre frère l’emporte, et Phèdre a le dessus,
et Racine ne crut pas faire un vers burlesque. En général, Voltaireest trop tranchant dans les exclusions qu’il donne à de certains mots,et dans ses décisions grammaticales ; son génie l’appeloit à de plusgrandes choses. (P.)
2 Camille vient de dire à la fin de lascène précédente :
. . . Jamais ce nom (d’époux) ne sera pour un hommeQui soit ou le vainqueur ou l’esclave de Rome.
On ne permet plus de -répéter ainsi un vers. (V.)
Nous doutons qu’on ne permît plus une répétition de ce genre : ellenous paroit naturelle; elle peut meme avoir de la grâce. (P.)