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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE III.

Que les hommes, les dieux, les démons et le sortPréparent contre nous un général effort 1 * :

Je mets à faire pis, en l’état où nous sommes,

Le sort, et les démons, et les dieux et les hommes.

Ce qu’ils ont de cruel, et d’horrible, et d’affreux,

L’est bien moins que l’honneur qu’on nous fait à tous deux.

HORACE.

Le sort, qui de l’honneur nous ouvre la barrière,

Offre à notre constance une illustre matière :

Il épuise sa force à former un malheurPour mieux se mesurer avec notre valeur 8 ;

Et comme il voit en nous des âmes peu communes,

Hors de l’ordre commun il nous fait des fortunes 3 * S * * .Combattre un ennemi pour le salut de tous,

Et contre un inconnu s’exposer seul aux coups,

D’une simple vertu c’est l’effet ordinaire;

Mille déjà l’ont fait, mille pourroient le faire *;

Mourir pour le pays est un si digne sort,

Qu’on brigueroit en foule une si belle mort.

Mais vouloir au public immoler ce qu’on aime,

S’attacher au combat contre un autre soi-même,

Attaquer un parti qui prend pour défenseur

1 Cet entassement, cette répétition, cette combinaison de ciel, de

dieux , d'enfers, de démons, de terre, et d'hommes; de cruel, d'horrible,

d'affreux, est, je l'avoue, bien condamnable. Cependant le dernier versfait presque pardonner ce défaut. (Y.)

8 Le sort qui veut se mesurer avec la valeur paraît bien recherché,bien peu naturel ; mais que ce qui suit est admirable ! (Y.)

S Hors de l’ordre commun il nous fait des fortunes,

n’est pas une expression propre. Ce mot de fortunes au pluriel ne doitjamais être employé sans épithète : bonnes et mauvaises fortunes,fortunes diverses, mais jamais des fortunes. Cependant le sens est si

beau, et la poésie a tant de privilèges, que je ne crois pas qu’on puissecondamner ce vers. (Y.)

h Bien ne fait mieux sentir les difficultés attachées à la rime que cevers faible, ces mille qui ont fait, ces mille qui pourraient faire, pourrimer à ordinaire . Le reste est d’une beauté achevée. (Y.) — Yoitaireblâme ce deuxième hémistiche, comme fait uniquement pour la rime.J’avoue que cette espèce de répétition ne me choque point : elle mesemble naturelle, amenée par le sens et par le ton de la phrase. (La H.