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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE VIII. ur,

Ce n’est qu’au désespoir qu’il nous faut recourir.

Tigres, allez combattre, et nous, allons mourir.

SCÈNE VIII.

le vieil HORACE, HORACE, CURIACE.

HORACE.

Mon père, retenez des femmes qui s’emportent,

Et, de grâce, empêchez surtout qu'elles ne sortent.

Leur amour importun viendroit avec éclatPar des cris et des pleurs troubler notre combat;

Et ce qu’elles nous sont feroit qu’avec justiceOn nous imputeroit ce mauvais artifice;

L’honneur d’un si beau choix seroit trop acheté,

Si l’on nous soupçonnoit de quelque lâcheté.

LE VIEIL HORACE.

J’en aurai soin. Allez, vos frères vous attendent ;

Ne pensez qu’aux devoirs que vos pays demandent l .

CURIACE.

Quel adieu vous dirai-je! et par quels compliments...

LE VIEIL HORACE.

Ah! n’attendrissez point ici mes sentiments;

Pour vous encourager ma voix manque de termes;

Mon cœur ne forme point de pensers assez fermes;Moi-même en cet adieu j’ai les larmes aux yeux AFaites votre devoir, et laissez faire aux dieux 3 .

t Des pays ne demandent point des devoirs ; la patrie impose desdevoirs; elle en demande l’accomplissement. (V.)

2 Cette larme paternelle qui tombe des yeux de l’inflexible vieillardtouche cent fois plus que les plaintes superflues des deux femmes. Onreconnoît ici la vérité de ce qu’a dit Voltaire, que l’amour n’est pointfait pour la seconde place. (La H.)

3 J’ai cherché dans tous les anciens et dans tous les théâtres étran-gers une situation pareille, un pareil mélange de grandeur d’ame, dedouleur, de bienséance, et je ne l’ai point trouvé •. je remarquerai sur-tout que chez les Grecs il n’y a rien dans ce goût. (V.)

FIN DU SECOND ACTE.

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