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ACTE IV, SCÈNE II.
Il sait bien se tirer d’un pas si hasardeux
Il fuit pour mieux combattre, et cette prompte ruse
Divise adroitement trois frères qu’elle abuse.
Chacun le suit d’un pas ou plus ou moins pressé,
Selon qu’il se rencontre ou plus ou moins blessé;
Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ;
Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite.Horace, les voyant l’un de l’autre écartés,
Se retourne, et déjà les croit demi-domptés :
Il attend le premier, et c’étoit votre gendre.
L’autre, tout indigné qu’il ait osé l’attendre,
En vain en l’attaquant fait paroître un grand cœur,
Le sang qu’il a perdu ralentit sa vigueur.
Albe à son tour commence à craindre un sort contraire;Elle crie au second qu’il secoure son frère :
Il se hâte et s’épuise en efforts superflus,
Il trouve en les joignant que son frère n’est plus.
CAMILLE.
Ilélas!
VALÈRE.
Tout hors d’haleine il prend pourtant sa place,Et redouble bientôt la victoire d’Horace 1Son courage sans force est un débile appui ; .
Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui.
L’air résonne des cris qu’au ciel chacun envoie;
Albe en jette d’angoisse, et les Romains de joie 2 .Comme notre héros se voit près d’achever,
C’est peu pour lui de vaincre, il veut encor braver 3 :« J’en viens d’immoler deux aux mânes de mes frères,« Rome aura le dernier de mes trois adversaires,
« C’est à ses intérêts que je vais l’immoler. »
1 Redouble la victoire, geminata Victoria, expression plus latineque françoise. (La H.)
2 On ne dit plus guère angoisse, et pourquoi! quel mot lui a-t-onsubstitué! Douleur, horreur, peine, affliction, ne sont pas des équi-valents : angoisse exprime la douleur pressante et la crainte à la fois.
(V.)
3 Braver est un verbe actif qui demande toujours un régime; deplus, ce n’est pas ici bravade, c’est un sentiment généreux d’un citoyenqui venge ses frères et sa patrie. (V.)