166 HORACE.
Dit-il; et tout d’un temps on le voit y voler.
La victoire entre deux n’étoit pas incertaine ;
L’Albain percé de coups ne se traînoit qu’à peine,
Et, comme une victime aux marches de l’autel,
Il sembloit présenter sa gorge au coup mortel :
Aussi le reçoit-il, peu s’en faut, sans défense,
Et son trépas de Rome établit la puissance.
LE VIEIL HORACE.
O mon fils! ô ma joie! ô l’honneur de nos jours!
O d’un État penchant l’inespéré secours!
Vertu digne de Rome, et sang digne d’Horace!
Appui de ton pays, et gloire de ta race!
Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassementsL’erreur dont j’ai formé de si faux sentiments ?
Quand pourra mon amour baigner avec tendresseTon front victorieux de larmes d’allégresse ?
valère.
Vos caresses bientôt pourront se déployer ;
Le roi dans un moment vous le va renvoyer ;
Et remet à demain la pompe qu’il prépareD’un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare;Aujourd’hui seulement on s’acquitte vers euxPar des chants de victoire et par de simples vœux.
C’est où le roi le mène l , et tandis il m’envoieFaire office vers vous de douleur et de joie 2 ;
Mais cet office encor n’est pas assez pour lui;
Il y viendra lui-même, et peut-être aujourd’hui :
Il croit mal reconnoître une vertu si pure,
Si de sa propre bouche il ne vous en assure,
S’il ne vous dit chez vous combien vous doit l’État.
î Mener à des chants et à des vœux, n’est ni noble ni juste ; mais lerécit de Valère a été si beau, qu’on pardonne aisément ces petitesfautes. (V.(
2 Tandis, sans un que, est absolument proscrit, et n’est plus per-mis que dans une espèce de style burlesque et naïf, qu’on nomme marotique: Tandis la •perdrix vire.
Faire office de douleur n’est plus français, et je ne sais s’il l’a jamaisété : on dit familièrement, faire office d’ami , office de serviteur, officed'homme intéressé; mais non office de douleur et de joie. (V.)