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ACTE IV, SCÈNE V.
Dégénérons, mon cœur, d’un si vertueux père 1 2 ;Soyons indigne sœur d’un si généreux frère :
C’est gloire de passer pour un cœur abattu,
Quand la brutalité fait la haute vertu.
Éclatez, mes douleurs; à quoi bon vous contraindre?Quand on a tout perdu, que sauroit-on plus craindre?Pour ce cruel vainqueur n’ayez point de respect;
Loin d’éviter ses yeux, croissez à son aspect ;
Offensez sa victoire, irritez sa colère,
Et prenez, s’il se peut, plaisir à lui déplaire.
Il vient, préparons-nous à montrer constammentCe que doit une amante à la mort d’un amant s .
SCÈNE Y.
HORACE, CAMILLE, PROCULE.
(Procule porte en sa main les trois épées des Curiaces.)
HORACE.
Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux frères 3 ,
Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires,
1 Ce dégénérons, mon cœur , cette résolution de se mettre en colère,ce long discours, cette nouvelle sentence mal exprimée, que c’est gloirede passer pour un cœur abattu , enfin tout refroidit, tout glace le lec-teur, qui ne souhaite plus rien. C’est, encore une fois, la faute du sujet.L’aventure des Horaces, des Curiaces, et de Camille, est plus propreen effet pour l’histoire que pour le théâtre. On ne peut trop honorerCorneille, qui a senti ce défaut, et qui en parle dans son Examen avecla candeur d’un grand homme. (V.)
2 Préparons-nous augmente encore le défaut. On voit une femmequi s’étudie à montrer son affliction, qui répète, pour a rs.i dire, saleçon de douleur. (Y.)
3 Ce n’est plus là l’Horace du second acte. Ce bras trois fois répété,et cet ordre de rendre ce qu’on doit à l’heur de sa victoire, témoignent,ce semble, plus de vanité que de grandeur; il ne devrait parler à sasœur que pour la consoler, ou plutôt il n’a rien du tout à dire. Quil’amène auprès d’elle \ est-ce à elle qu’il doit présenter les armes deses beaux-frères 1 C’est au roi, c’est au sénat assemblé, qu’il devaitmontrer ces trophées. Les femmes ne se mêlaient de rien chez les