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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HORACE.

Qui nous rend maîtres d’Albe; enfin voici le brasQui seul fait aujourd’hui le sort de deux ÉtalsVois ces marques d’honneur, ces témoins de ma gloire,

Et rends ce que tu dois à l’heur de ma victoire.

CAMILLE.

Recevez donc mes pleurs, c’est ce que je lui dois.

HORACE.

Rome n’en veut point voir après de tels exploits;

Et nos deux frères morts dans le malheur des armesSont trop payés de sang pour exiger des larmes :

Quand la perte est vengée, on n’a plus rien perdu.

CAMILLE.

Puisqu’ils sont satisfaits par le sang épandu,

Je cesserai pour eux de paroître affligée,

Et j’oublierai leur mort, que vous avez vengée ;

Mais qui me vengera de celle d’un amantPour me faire oublier sa perte en un moment?

HORACE.

Que dis-tu, malheureuse?

CAMILLE.

O mon cher Curiace !

HORACE.

O d’une indigne sœur insupportable audace 1 !

D’un ennemi public dont je reviens vainqueurLe nom est dans ta bouche et l’amour dans ton cœur s !

premiers Romains : ni la bienséance, ni l’humanité, ni son devoir, nelui permettaient de venir faire à sa sœur une telle insulte. Il paraîtqu’Horace pouvait déposer au moins ces dépouilles dans la maisonpaternelle, en attendant que le roi vint ; que sa sœur, à cet aspect,pouvait s’abandonner à sa douleur, sans qu’Horace lui dît : Voici cebras, et sans qu’il lui ordonnât de ne s’entretenir jamais que de savictoire; il semble qu’alors Camille aurait paru un peu plus coupable,et que l’emportement d’Horace aurait eu quelque excuse. (V.)

A Observez que la colère du vieil Horace contre son fils était trèsintéressante, et que celle de son fils contre sa sœur est révoltante etsans aucun intérêt. C’est que la colère du vieil Horace supposait lemalheur de Rome : au lieu que le jeune Horace ne se met en colèreque contre une femme qui pleure et qui crie, et qu’il faut laisser crieret pleurer. Cela est historique, oui; mais cela n’est nullement tra-gique, nullement théâtral. (V.)

2 Le reproche est évidemment injuste. Horace lui-même devait