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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE IV, SCÈNE V. 175

l’on ardeur criminelle à la vengeance aspire!

Ta bouche la demande, et ton cœur la respire !

Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,

Ne me fais plus rougir d’entendre tes soupirs :

Tes flammes désormais doivent être étouffées;

Bannis-les de ton ame, et songe à mes trophées;

Qu’ils soient dorénavant ton unique entretien.

CAMILLE.

Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien 1 ;

Et, si tu veux enfin que je t’ouvre mon ame,

Kends-moi mon Curiacc, ou laisse agir ma flamme :

Ma joie et mes douleurs dépendoient de son sort;

Je l’adorois vivant, et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l’avois laissée;

Tu ne revois en moi qu’une amante offensée,

Qui, comme une furie attachée à tes pas,

Te veut incessamment reprocher son trépas.

Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes,

Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes,

Et que jusques au ciel élevant tes exploits,

Moi-même je le tue une seconde fois!

Puissent tant de malheurs accompagner ta vie,

Que tu tombes au point de me porter envie!

Et toi bientôt souiller par quelque lâchetéCette gloire si chère à ta brutalité!

HORACE.

O ciel! qui vit jamais une pareille rage!

Crois-tu donc que je sois insensible à l’outrage,

Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur?

Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,

Et préfère du moins au souvenir d’un homme

plaindre Curiace : c’est son beau-frère ; il n’y a plus d’ennemis ; lesdeux peuples n’en font plus qu’un. Il a dit lui-même, au second acte,qu’rY aurait voulu racheter de sa vie le sang de Curiace. (V.)

1 Ces plaintes seraient plus touchantes, si l’amour de Camille avaitété le sujet de la pièce ; mais il n’en a été que l’épisode, on y a songéà peine : on n’a été occupé que de Rome. TJn petit intérêt d’amourinterrompu ne peut plus reprendre une vraie force. Le cœur doit sai-gner par degrés, dans la tragédie , et toujours des mêmes coups re-doublés, et surtout variés. (V.)