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HORACE.
Ce que doit la naissance aux intérêts de Rome.
CAMILLE.
Rome, l’unique objet de mon ressentiment 1 !
Rome, à qui'vient ton bras d’immoler mon amant!
Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parcequ’elle t’honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurésSaper ses fondements encor mal assurés !
Et, si ce n’est assez de toute l’Italie,
Que l’Orient contre elle à l’Occident s’allie;
Que cent peuples unis des bouts de l’univers
I Ces imprécations de Camille ont toujours été un beau morceau dedéclamation, et ont fait valoir toutes les actrices qui ont joué ce rôle.Plusieurs juges sévères n’ont pas aimé le mourir de plaisir; ils ontdit que l’hyperbole est si forte, qu’elle va jusqu’à la plaisanterie.
II y a une observation à faire, c’est que jamais les douleurs de Ca-mille, ni sa mort, n’ont fait répandre une larme.
Pour m’arracher des pleurs, il faut que vous pleuriez.
Mais Camille n’est que furieuse ; elle ne doit pas être en colère contreRome ; elle doit s’être attendue que Rome ou Albe triompherait : ellen’a raison d’être en colère que contre Horace, qui, au lieu d etre au-près du roi après sa victoire, vient se vanter assez mal à propos à sasœur d’avoir tué son amant. Encore une fois, ce ne peut être un sujetde tragédie. (V.)
L’imprécation de Camille a toujours passé pour la plus belle qu’il yait au théâtre, et le génie de Corneille se fait sentir dans toute sa vi-gueur. Camille doit s’emporter contre Rome, parceque son frère n’op-pose à ses douleurs que l’intérêt de Rome, et que c’est à ce grandintérêt qu’il se vante d’immoler Curiace : l’excès de la passion, d’ail-leurs, ne raisonne pas ; et, si l’emportement de Camille avoit moinsde violence, la férocité d’Horace seroit révoltante. Il falloit amenerce trait de barbarie consacré par l’histoire, et Corneille n’avoit que cemoyen de le rendre supportable. Mourir de plaisir n’est point unehyperbole qui aille jusqu’à la plaisanterie ; c’est un dernier coup depinceau plein de vigueur, et qui n’a pu faire naître d’idée plaisanteque dans la tête de quelques uns de ces bouffons de société qui seplaisent, dit Gresset,
.A semer l’ignoble parodie
Sur les fruits des talents et les dons du gcnie.
Que veut dire là mourir de plaisir, sinon mourir de l’excès de ra-vissement qu’une vengeance satisfaite peut faire éprouver! (P.)