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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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V.

178 HORACE.

Si pour la posséder, je dois être inhumaine,

Et ne puis voir en moi la femme du vainqueurSans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques,

Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques,

Et ne regardons point des biens communs à tous,

Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous.Pourquoi veux-tu, cruel, agir d’une autre sorte?

Laisse en entrant ici tes lauriers à la porte *,

Mêle tes pleurs aux miens. Quoi! ces lâches discoursN’arment point ta vertu contre mes tristes jours?

Mon crime redoublé n’émeut point ta colère?

Que Camille est heureuse! elle a pu te déplaire;

Elle a reçu de toi ce qu’elle a prétendu,

Et recouvre là-bas tout ce qu’elle a perdu.

Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse,Écoute la pitié, si ta colère cesse ;

Exerce l’une ou l’autre, après de tels malheurs,

A punir ma foiblesse, ou finir mes douleurs;

Je demande la mort pour grâce, ou pour supplice;

Qu’elle soit un efiet d’amour ou de justice,

N’importe ; tous ses traits n’auront rien que de doux,

Si je les vois partir de la main d’un époux.

HOHACE.

Quelle injustice aux dieux d’abandonner aux femmesUn empire si grand sur les plus belles âmes 1 2 ,

Et de se plaire à voir de si foibles vainqueursRégner si puissamment sur les plus nobles cœurs!

A quel point ma vertu devient-elle réduite 3 !

1 On sent assez qu 'agir d'une autre sorte, et laisser en entrant leslauriers à la porte, ne sont des expressions ni nobles ni tragiques, etque toute cette tirade est une déclamation oiseuse d’une femme inu-tile. (V.)

2 Cette tendresse est-elle convenable à l’assassin de sa sœur, quin’a aucun remords de cette indigne action, et qui parle encore de savertu! Voyez comme ces sentences et ces discours vagues sur le pou-voir des femmes conviennent peu devant le corps sanglant de Camille,qu’Horace vient d’assassiner ! ( V.)

3 Devient réduite n’est pas-français. Ce mot devenir ne convient ja-mais qu’aux affections de l’ame : on devient faible, malheureux, hardi,