ACTE CINQUIEME
SCÈNE I.
le vieil HORACE, HORACE.
LE VIEIL HOBACE.
Retirons nos regards de cet objet funeste,
Pour admirer ici le jugement céleste :
Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il fautConfondre notre orgueil qui s’élève trop haut :
Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse 2 ;
1 Corneille, dans son jugement sur Horace, s’exprime ainsi : Toutet cinquième acte est encore une des causes du peu de satisfactionque laisse cette tragédie; il est tout en plaidoyers , etc. Après un sinoble aveu, il ne faut parler de la pièce que pour rendre hommage augénie d’un homme assez grand pour se condamner lui-même. Si j’oseajouter quelque chose, c’est qu’on trouvera de beaux détails dans cesplaidoyers. Il est vrai que cette pièce n’est pas régulière, qu’il y aen effet trois tragédies absolument distinctes : la victoire d’Horace, lamort de Camille, et le procès d’Horace. C’est imiter, en quelque façon,le défaut qu’on reproche à la scène anglaise et à l’espagnole; mais lesscènes d’Horace, de Curiace, et du vieil Horace, sont d’une si grandebeauté, qu’on reverra toujours ce poëme avec plaisir quand il se trou-vera des acteurs qui auront assez de talent pour faire sentir ce qu’il y■a d’excellent, et faire pardonner ce qu’il y â de défectueux. (Y.)
2 Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse;
expression familière dont il ne faut jamais se servir dans le style noble.En effet, des plaisirs ve vont point. (Y.) —r Cette expression nous pa-roît plus naïve que familière ; et la naïveté s’allie quelquefois trèsheureusement même au sublime. Le plus grand des poetes, Homère,est souvent naïf ; et c’est un mérite de la traduction de madameDacier que d’avoir conservé, plus qu’aucun autre des traducteursd’Homère, cette naïveté précieuse qui est la grâce du génie. De tousnos poetes, Yoltaire est peut-être celui chez lequel on en trouve moinsd’exemples : c’est qu’il avoit encore plus d’esprit que de génie, quoi-qu’il en eût beaucoup ; et c’est l’esprit qui tue la naïveté. (P.)