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ACTE V, SCÈNE II.
Et dans leur intérêt toute leur vertu cède.
Si vous pouvez trouver dans ma compassionQuelque soulagement pour votre affliction,
Ainsi que votre mal sachez qu’elle est extrême,
Et que je vous en plains autant que je vous aime.
VALÈRE.
Sire, puisque le ciel entre les mains des roisDépose sa justice et la force des lois *,
Et que l’État demande aux princes légitimes
Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes,
Souffrez qu’un bon sujet vous fasse souvenir
Que vous plaignez beaucoup ce qu’il vous faut punir.
Souffrez...
LE VIEIL HORACE.
Quoi ! qu’on envoie un vainqueur au supplice ?
TULLE.
Permettez qu’il achève, et je ferai justice;
J’aime à la rendre à tous, à toute heure, en tout lieu ;C’est par elle qu’un roi se fait un demi-dieu;
Et c’est dont je vous plains qu’après un tel service,
On puisse contre lui nie demander justice 1 2 . ,
VALÈRE.
Souffrez donc, ô grand roi, le plus juste des rois,
Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix 3 :Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s’irritent;
S’il en reçoit beaucoup, ses hauts faits les méritent;Ajoutez-y plutôt que d’en diminuer ;
Nous sommes tous encor prêts d’y contribuer :
1 II faut avouer que ce Valere fait là un fort mauvais personnage:il n’a encore paru dans la pièce que pour faire un compliment; on n’ena parlé que comme d’un homme sans conséquence. C’est un défaut ca-pital que Corneille tâche en vain de pallier dans son Examen. (V.)
2 C’est la loi de l’unité de lieu qui force ici l’auteur à faire le procèsd’Horace dans sa propre maison ; ce qui n’est ici ni convenable, ni vrai-semblable. J’ajouterai ici une remarque purement historique, c’estque les chefs de Rome, appelés rots, ne rendaient point justice seuls ;il fallait le concours du sénat entier, ou des délégués. (V.)
3 Ce plaidoyer ressemble à celui d’un avocat qui s’est préparé '• iln’est ni dans le génie de ces temps-là, ni dans le caractère d’un amantqui parle contre l’assassin de sa maîtresse. (Y.)