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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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A MONSIEUR DE MONTORON.

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ce grand empereur 1 , prend plaisir à s’étendre surles gens de lettres, en un temps où beaucoup pen-sent avoir trop récompensé leurs travaux quand ilsles ont honorés d’une louange stérile. Et certes,vous avez traité quelques unes de nos muses avectant de magnanimité, qu’en elles vous avez obligétoutes les autres, et qu’il n’en est point qui ne vousen doive un remerciement. Trouvez donc bon, mon-sieur, que je m’acquitte de celui que je reeonnoisvous en devoir, par le présent que je vous fais de cepoème, que j’ai choisi comme le plus durable desmiens, pour apprendre plus longtemps à ceux qui le

1 Voilà une étrange îçttre, et pour le style et pour les sentiments. Onn’y reconnaît point la main qui crayonna Varna du grand Pompée etVesprit. de Cinna. Celui qui faisait des vers si sublimes n’est plus lemême en prose. On ne peut s’empêcher de plaindre Corneille, et sonsiècle, et les beaux-arts, quand on voit ce grand homme, négligé à lacour, comparer le sieur de Montoron à l'empereur Auguste. Si pour-tant la reconnaissance arracha ce singulier hommage, il faut encoreplus en louer Corneille que l’en blâmer; mais on peut toujours l’enplaindre. (Y.) — Le sieur de Montoron, comme Yoltaire l’appelle,n’étoit pas, à beaucoup près, un homme sans considération, et, pourparler le langage du temps, un homme sans naissance. Le beau por-trait que Corneille en fait, les actions vraiment nobles qu'il en raconte,et le soin particulier qu’il prend d’écarter de lui tout soupçon de flat-terie, en invoquant même la réputation qu’il s’étoit faite d’hommevrai et incapable d’en imposer par de fausses louanges, tout enfin nousparoît prouver qiie Montoron n’étoit pas indigne de l’honneur que lujfait Corneille. Nous convenons que la comparaison de Montoron àAuguste paroîtroit aujourd’hui très déplacée ; mais étoit-ce bien àVoltaire d’ailleurs d’affecter ici tant de sévérité! lui-même, sansavoir l’excuse du malheur, ne prodigua-t--il pas des adulations, nonmoins outrées, à beaucoup de personnes qu’il ne pouvoit ni aimer niestimer! N’appeloit-il pas le financier La Popelinière, Pollion!Nedédia-t-il pas Tancrède à madame de Pompadour! N’adressa-t-il pasmême des vers très flatteurs à madame Dubarry! Pourquoi doncCorneille n’auroit-il pu louer sans bassesse un citoyen bienfaisant etvertueux! (P.)