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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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CINNA.

.l’ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés,

« La perte de nos biens et de nos libertés,

« Le ravage des champs, le pillage des villes,

« Et les proscriptions, et les guerres civiles,

« Sont les degrés sanglants dont Auguste a fait choix« Pour monter sur le trône et nous donner des lois.

« Mjiis nous pouvons changer un destin si funeste,

« Puisque de trois tyrans c’est le seul qui nous reste,

« Et que, juste une fois, il s’est privé d’appui,

« Perdant, pour régner seul, deux méchants comme lui :

« Lui mort, nous n’avons point de vengeur ni de maître 1 2 * ;

« Avec la liberté Rome s’en va renaître 4 ;

«.Et nous mériterons le nom de vrais Romains« Si le joug qui l’accable est brisé par nos mains.

« Prenons l’occasion tandis qu’elle est propice :

« Demain au Capitole il fait un sacrifice;

« Qu’il en soit la victime, et faisons en ces lieux« Justice à tout le monde, à la face des dieux :

« Là presque pour sa suite il n’a que notre troupe;

« C’est de ma main qu’il prend et l’encens et la coupe;

« Et je veux pour signal que cette même main« Lui donne, au lieu d’encens, d’un poignard dans le sein.

« Ainsi d’un coup mortel la victime frappée« Fera voir si je suis du sang du grand Pompée;

« Faites voir, après moi, si vous vous souvenezU Des illustres aïeux de qui vous êtes nés. »

A peine ai-je achevé, que chacun renouvelle,

1 II veut dire :

Mort, il est sans vengeur, et nous sommes sans maître.

En effet, c’est Rome qui a des vengeurs dans les assassins du tyran.Corneille entend donc qu’ Anguste restera sans vengeance. ("V.)

2 S'en va renaître. Cette expression n’est point fautive en poésie;au contraire. Voyez dans l’ Iphigénie de Racine :

Et ce triomphe heureux qui s’en va devenirL'éternel entretien des siècles à venir.

Cet exemple est un de ceux qui peuvent servir à distinguer le lan-gage de la poésie de celui de la prose. (V.) — Dans des exemples beau-coup plus remarquables et plus importants, Voltaire n’a pas toujourssaisi les différences essentielles qui distinguent la langue poétique decelle de la prose. (P.)