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CINNA.
Va marcher sur leurs pas ' où l’honneur te convie 1 2 :Mais ne perds pas le soin de conserver ta vie;Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris,Qu’aussi bien que la gloire Emilie est ton prix ;
Que tu me dois ton cœur, que mes faveurs l'attendent. 3 4 ,Que tes jours me sont chers, que les miens en dépendent.Mais quelle occasion mène Évandre vers nous?
SCÈNE IV.
CINNA, ÉMI1 JE, ÉVANDRE, EULVIE.
ÉVANDRE.
Seigneur, César vous mande, et Maxime avec vous A
CINNA.
Et Maxime avec moi! Le sais-tu bien, Évandre?
EVANDRE.
Polyclète est encor chez vous à vous attendre,
Et fût venu lui-même avec moi vous chercher,
Si ma dextérité n’eût su l’en empêcher ;
1 II faudrait va, marche; on ne dit pas plus allons marcher qu’cd-lons aller. (V.)
2 Convie est une très belle expression ; elle était très usitée dans legrand siècle de Louis XIV. Il est à souhaiter que ce mot continued’être en usage. (V.)
3 Ailleurs ce mot de faveurs exciterait le ris et le murmure ; maisce mot est ici confondu dans la foule des beautés de cette scène, sivive, si éloquente, et si romaine. (V.)
4 L’intrigue est nouée dès le premier acte; le plus grand intérêt etle plus grand péril s’y manifestent: c’est un coup de théâtre. Remar-quez que l’on s’intéresse d’abord beaucoup au succès de la conspirationde Cinna et d’Emilie : 1<» pareeque c’est une conspiration ; 2» parce-que l’amant et 3a maîtresse sont en danger ; 3o pareeque Cinna a peintAuguste avec toutes les couleurs que les proscriptions méritent, et que,dans son récit, il a rendu Auguste exécrable; 4o parcequ’il n’y a point de.spectateur qui ne prenne dans son cœur le parti de la liberté. Il estimportant de faire voir que, dans ce premier acte, Cinna et Emilies’emparent de tout l’intérêt ; on tremble qu’ils ne soient découverts.Vous verrez qu’ensuite cet intérêt change, et vous jugerez si c’est undéfaut ou non. (V.)