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ACTE I, SCÈNE IV.
Je vous en donne avis, de peur d’une surprise.
Il presse fort.
EMILIE.
Mander les chefs de l'entreprise !
Tous deux ! en môme temps! Vous êtes découverts.
CINNA.
Espérons mieux, de grâce.
EMILIE.
Ah, Cinna! je te perds!
Et les dieux, obstinés à nous donner un maître,
Parmi tes vrais amis ont mêlé quelque traître.
Il n’en faut point douter, Auguste a tout appris.
Quoi, tous deux! et sitôt que le conseil est pris!
CINNA.
Je ne vous puis céler que son ordre m’étonne;
Mais souvent il m’appelle auprès de sa personne;
Maxime est comme moi de ses plus confidents,
Et nous nous alarmons peut-être en imprudents.
EMILIE.
Sois moins ingénieux à te tromper toi-même,
Cinna, ne porte point mes maux jusqu’à l’extrême;
Et, puisque désormais tu ne peux me venger,
Dérobe au moins ta tête à ce mortel danger;
Fuis d’Auguste irrité l’implacable colère.
Je verse assez de pleurs pour la mort de mon père *;
N’aigris point ma douleur par un nouveau tourment;
Et ne me réduis point à pleurer mon amant.
CINNA.
Quoi! sur l’illusion d’une terreur panique,
Trahir vos intérêts et la cause publique!
Par cette lâcheté moi-même m’accuser,
El tout abandonner quand il faut tout oser!
Que feront nos amis si vous êtes déçue?
1 Peut-être ces pleurs, disent les critiques sévères, sont un peu tropde commande ; peut-être n’est-il pas bien naturel qu’on pleure sonpère au bout de vingt ans ; et il est certain que les spectateurs nepleurent point ce Toranius, père d’Emilie. Mais si Corneille s’élève iciau-dessus de la nature, il ne choque point la nature : c’est une beautéplutôt qu’un défaut. (V.)