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CINNA.
EMILIE.
Mais que deviendras-tu si l’entreprise est sue?
CINNA.
S’il est pour me trahir des esprits assez bas,
Ma vertu pour le moins ne me trahira pas;
Vous la verrez, brillante au bord des précipices,
Se couronner de gloire en bravant les supplices,
Rendre Auguste jaloux du sang qu’il répandra,
Et le faire trembler alors qu’il me perdra.
Je deviendrois suspect à tarder davantage.
Adieu. Raffermissez ce généreux courage.
S’il faut subir le coup d’un destin rigoureux,
Je mourrai tout ensemble heureux et malheureux 1 :Heureux pour vous servir de perdre ainsi la vie,
Malheureux de mourir sans vous avoir servie.
EMILIE.
Oui, va, n’écoute plus ma voix qui te retient;
Mon trouble se dissipe, et ma raison revient.
Pardonne à mon amour cette indigne foiblesse.
Tu voudrois fuir en vain, Cinna, je le confesse;
Si tout est découvert, Auguste a su pourvoirA ne te laisser pas ta fuite en ton pouvoir.
Porte, porte chez lui cette mâle assurance,
Digne de notre amour, digne de ta naissance;
Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain,
Et par un beau trépas couronne un beau dessein.
Ne crains pas qu’après toi rien ici me retienne;
Ta mort emportera mon aine vers la tienne ;
Et mon cœur, aussitôt percé des mêmes coups...
CINNA.
Ah! souffrez que tout mort je vive encore en vous;
Et du moins en mourant permettez que j’espèreQue vous saurez venger l’amant avec le père.
Rien n'est pour vous à craindre; aucun de nos amis
i Boileau reprenait cet heureux et malheureux : il y trouvait trop derecherche et je ne sais quoi d’alambiqué. On peut dire heureux dansmon malheur, l’exact et l’élégant Racine l’a dit ; mais être à la foisheureux et malheureux, expliquer et retourner cette antithèse, cetteénigme, cela n’est pas de la véritable éloquence. (V.)