ACTE SECOND,
SCÈNE I 1 .
AUGUSTE, CINNA, MAXIME, troupe de courtisans.
AUGUSTE.
Que chacun se retire, et qu’aucun n’entre ici.
Vous, Cinna, demeure/., et -vous, Maxime, aussi.
(Tous sé retirent, à !a réserve de Cinna et de Maxime.)
Cet empire absolu sur la terre et sur Tonde,
Ce pouvoir souverain que j’ai sur tout le monde.
Cette grandeur sans bornes et cet illustre rang,
Qui m’a jadis coûté tant de peine et de sang 2 ,
1 Corneille, dans son examen de Cinna , semble se condamnerd’avoir manqué à l’unité de lieu. Le ‘premier acte, dit-il, se passedans Vappartement d’Emilie, le second dans celui d’Auguste ; maisil fait aussi réflexion que l’unité s’étend à tout le palais ; il est impos-sible que cette unité soit plus rigoureusement observée. Si on avaiteu des théâtres véritables, une scène semblable à celle de Yicence, quireprésentât plusieurs appartements, les yeux des spectateurs auraientvu ce que leur esprit doit suppléer. C’est la faute des constructeursquand un théâtre ne représente pas les différents endroits où se passel’action, dans une même enceinte, une place, un temple, un palais, unvestibule, un cabinet, etc. II s’en fallait beaucoup que le théâtre fûtdigne des pièces de Corneille. C’est une chose admirable sans douted’avoir supposé cette délibération d’Auguste avec ceux mêmes quiviennent de faire serment de l’assassiner : sans cela, cette scène seraitplutôt un beau morceau de déclamation qu’une belle scène de tragé-die. (Y.)
2 Cet empire absolu, ce pouvoir souverain, la terre et l’onde , toutle monde, et cet illustre rang, sont une redondance, un pléonasme,une petite faute.
Fénelon, dans sa lettre à l’Académie sur l’éloquence, dit : « II me« semble qu’on a donné souvent aux Romains un discours trop fas-« tueux ; je ne trouve point de proportion entre l’emphase avec la-« quelle Auguste parle dans la tragédie de Cinna et la modeste sim-« plicité avec laquelle Suétone le dépeint. » Il est vrai : mais ne