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ACTE II, SCÈNE I.
Enfin tout ce qu’adore en ma haute fortuneITun courtisan flatteur la présence importune,
N’est que de ces beautés dont l’éclat éblouit,
Et qu’on cesse d’aimer sitôt qu’on en jouit.
faut-il pas quelque chose de plus relevé s\ir le théâtre que dansSuétone ! Il y a un milieu à garder entre l'enflure et la simplicité. Ilfaut avouer que Corneille a quelquefois passé les bornes.
L’archevêque de Cambrai avait d’autant plus raison de reprendrecette enflure vicieuse, que de son temps les comédiens chargeaientencore ce défaut par la plus ridicule affectation dans l'habillement,dans la déclamation, et dans les gestes. On voyait Auguste arriveravec la démarche d’un matamore, coiffé d’une perruque carrée quidescendait par-devant jusqu’à la ceinture ; celte perruque était farciede feuilles de laurier, et surmontée d’un large chapeau avec deuxrangs de plumes rouges. Auguste, ainsi défiguré par des bateleursgaulois sur un théâtre de marionnettes , était quelque chose de bienétrange; il se plaçait sur un énorme fauteuil à deux gradins, etMaxime et Cinna étaient sur deux petits tabourets. La déclamationampoulée répondait parfaitement à son étalage ; et surtout Augustene manquait pas de regarder Cinna et Maxime du haut en bas avecun. noble dédain, en prononçant ces vers :
Enfin tout ce qu’adore en mi haute fortuneD’un courtisan flatteur la présence importune.
Il faisait bien sentir que c’était eux qu’il regardait comme des cour-tisans flatteurs. En effet, il n’y a rien dans le commencement de cettescène qui empêche que ces vers ne puissent être joués ainsi. Augusten’a point encore parlé avec bonté, avec amitié à Cinna et à Maxime;il ne leur a encore parlé que de son pouvoir absolu sur la terre et surl’onde : on est même un peu surpris qu’il leur propose tout d’un coupson abdication de l’empire, et qu’il les ait demandés avec tant d’em-pressement pour écouter une résolution si soudaine, saus aucune pré-paration, sans aucun sujet, sans aucune raison prise de l’état présentdes choses.
Lorsque Auguste examinait avec Agrippa et avec Mécène s’il devaitconserver ou abdiquer sa puissance, c’était dans des occasions cri-tiques qui amenaient naturellement cette délibération , c’était dansl’intimité de la conversation, c’était dans des effusions de cœur. Peut-être cette scène eût-elle été plus vraisemblable, plus théâtrale, plusintéressante, si Auguste avait commencé par traiter Cinna et Maximeavec amitié, s’il leur avait parlé de son abdication comme d’une idéequi leur était déjà connue ; alors la scène ne paraîtrait plus amenéecomme par force, uniquement pour faire un contraste avec la conspi-I. 15