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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE I.

Mille ennemis secrets, la mort à tous propos i ,

Point de plaisir sans trouble, et jamais de repos.

Sylla m’a précédé dans ce pouvoir suprême :

Le grand César mon père en a joui de même ;

D’un œil si différent tous deux l’ont regardé,

Que l’un s’en est démis, et l’autre l’a gardé :

Mais l’un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille,

Comme un bon citoyen dans le sein do sa ville;

L’autre, tout débonnaire, au milieu du sénatA vu trancher ses jours par un assassinat.

Ces exemples récents suffiroieut pour m’instruire,

Si par l’exemple seul on se devoit conduire :

L’un m’invite à le suivre, et l’autre me fait peur :

Mais l'exemple souvent n’est qu’un miroir trompeur;

Et l’ordre du destin qui gêne nos penséesN’est pas toujours écrit dans les choses passées :

Quelquefois l’un se brise où l’autre s’est sauvé,

Et par où l’un périt, un autre est conservé.

Voilà, mes chers amis, ce qui me met en peine.

Vous, qui me tenez lieu d’Agrippe et de Mécène 2 ,

Pour résoudre ce point avec eux débattu,

Prenez sur mon esprit le pouvoir qu’ils ont eu :

Ne considérez point cette grandeur suprême,

Odieuse aux Romains, cl pesante à moi-même;

1 La mort à tous propos est trop familier. Si ces légers défauts setrouvaient dans une tirade faible, ils l’affaibliraient encore ; mais cesnégligences ne choquent personne dans un morceau si supérieurementécrit : ce sont de petites pierres entourées de diamants ; elles en reçoi-vent de l’éclat, et n’en btent point. (V.)

2 Auguste eut en effet, à ce qu’on dit, cette conversation avec'4 Agrippa et Mécénas : Dion Cassius les fait parler tous deux ; mais

qu’il est faible et stérile en comparaison de Corneille lDion Cassius fait ainsi parler Mécénas : Consultez plutôt les be-soins de la patrie que la voix du peuple, qui, semblable aux enfants,ignore ce qui lui est. profitable ou nuisible. La république est commeun vaisseau battu de la tempête, etc. Comparez ces discours à ceuxde Corneille, dans lesquels il avait la difficulté de la rime à surmonter.

Cette scène est un traité du droit des gens. La différence que Cor-neille établit entre l’usurpation et la tyrannie était une chose toutenouvelle ; et jamais écrivain n’avait étalé des idées politiques enprose aussi fortement que Corneille les approfondit en vers. (Y.)