Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

229

ACTE II, SCÈNE I.

Si le pouvoir suprême est blâmé par Auguste,

César fut un tyran, et sou trépas fut juste,

Et vous devez aux dieux compte de tout le sang-Don t vous l’avez vengé pour monter à sou rang.

N’en craignez point, seigneur, les tristes destinées ;

Un plus puissant démon veille sur vos années :

On a dix fois sur vous attenté sans effet,

Et qui Ta voulu perdre au même instant l’a fait *.

On entreprend assez, mais aucun n’exécute ;

Il est des assassins, mais il n’est plus de Brute :

Enfin, s’il faut attendre un semblable revers,

11 est beau de mourir maître de l’univers.

C’est ce qu’en peu de mots j’ose dire; et j’estimeQue ce peu que j’ai dit est l’avis de Maxime.

MAXIME.

Oui, j’accorde qu’Auguste a droit de conserverL’empire où sa vertu Ta fait seule arriver,

Et qu’au prix de son sang, au péril de sa tête,

Il a fait de l’État une juste conquête :

Mais que, sans se noircir, il ne puisse quitter .

Le fardeau que sa main est lasse de porter,

Qu’il accuse par là César de tyrannie,

Qu’il approuve sa mort, c’est ce que je dénie.

Rome est à vous, seigneur, l’empire est votre bien ;Chacun en liberté peut disposer du sien ;

[I le peut à son choix garder, ou s’en défaire :

Vous seul ne pourriez pas ce que peut, le vulgaire,

Et seriez devenu, pour avoir tout dompté,

Esclave des grandeurs où vous êtes monté !

Possédez-les, seigneur, sans qu’elles vous possèdent.

Loin de vous captiver, souffrez qu’elles vous cèdent;

1 On ne sait point à quoi se rapporte le “perdre; on pourrait entendre#ar ce vers, ceux qui ont attenté sur vous se sont perdus. Il fautéviter ce mot faire , surtout à la fin d’un vers ; petite remarque, maisutile. Ce mot faire est trop vague : il ne présente ni idée déterminéeni image ; il est lâche, il est prosaïque. (Y.) — Le perdre se rapporteévidemment et nécessairement à César. On a tenté inutilement dixconspirations contre Auguste, et il n’en a fallu qu’une pour perdreCésar. Par quelle étrange inattention ce sens si naturel peut-il êtreéchappé à Voltaire! (P.)