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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE I.

D'un si lâche dessein mon ame est incapable;

Il perd trop d'innocents pour punir un coupable.

J’ose tout contre lui, mais je crains lout pour eux.

EUPHORBE.

Auguste s’est, lassé d’être si rigoureux ;

En ces occasions, ennuyé de supplices,

Ayant puni les chefs, i! pardonne aux complices.

Si toutefois pour eux vous craignez son courroux,

Quand vous lui parlerez, parlez au nom de tous.

MAXIME.

Nous disputons en vain, et ce n’est que folie 1 *De vouloir par sa perte acquérir Èmilie.

Ce n’est pas le moyen de plaire à ses beaux yeuxQue de priver du jour ce qu’elle aime le mieux.

Pour moi, j’estime peu qu'Auguste me la donne ;

Je veux gagner son cœur plutôt que sa personne â ,

Et ne fais point d’état de sa possession,

Si je n’ai point de part à son affection.

Puis-je la mériter par une triple offense !

Je trahis son amant, je détruis sa vengeance;

Je conserve le sang qu’elle veut voir périr 3 ;

Et j’aurois quelque espoir qu’elle me pût chérir!

EUPHORBE.

C’est ce qu’à dire vrai je vois fort difficile 4 .

L’artitice pourtant vous y peut être utile;

Il en faut trouver un qui la puisse abuser,

Et du reste le temps en pourra disposer.

1 Ce n’est que folie , vers comique, indigne de la tragédie.

Plaire à ses beaux yeux , expression fade. Ce qu’elle aime le mieux ,^encore pire. (V.)

â Remarquez qu’on ne s’intéresse jamais à un amant qu'on est sûr qui-sera rebuté. Pourquoi Oreste intéresse-t-il dans Andromaque ? c’estque Racine a eu le grand art de faire espérer qu’Oreste serait aimé. Un.amant toujours rebuté par sa maîtresse l’est toujours aussi par le spec-tateur, à moins qu’il ne respire la fureur de la vengeance. Point devraies tragédies sans grandes passions. (Y.)

3 Périr un sang est un barbarisme. Ces fautes sont d’autant plusisenties que la scène est froide. (V.)

4 Cette manière de répondre à une objection pressante sent un peufilus le valet de comédie que le confident tragique. (Y.)