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ACTE IIT, SCÈNE IF.
Et fut contre un tyran d’autant plus animéQu’il en reçut de biens et qu’il s’en vit aimé.
Comme vous l’imitez, faites la même chose,
Et formez vos remords d’une plus juste cause *,
])e vos lâches conseils, qui seuls ont arrêtéLe bonheur renaissant de notre liberté :
C’est vous seul aujourd’hui qui nous l'avez ôtée;
De la main de César Brute l’eut acceptée,
Et n’eût jamais souffert qu'un intérêt légerDe vengeance ou d’amour l’eût remise en danger.
N’écoutez plus la voix d’un tyran qui vous aime,
Ht vous veut faire part de son pouvoir suprême;
Mais entendez crier Rome à votre côté 1 2 :
« Rends-moi, rends-moi, Cinna, ce que tu m’as ôté;
« Et, si tu m’as tantôt préféié ta maîtresse,
« Ne me préfère pas le tyran qui m’oppresse. »
CINNA.
Ami, n’accable plus un esprit malheureuxQui ne forme qu’en lâche un dessein généreux 3 .
1 Voilà la plus forte critique du rôle qu’a joué Cinna dans la confé-rence avec Auguste : aussi Cinna n'y répond-il point. Cette scène est unpeu froide, et pourrait être très vive : car deux rivaux doivent dire deschoses intéressantes, ou ne pas paraître ensemble; ils doivent être à lafois défiants et animés ; mais ici ils ne font que raisonner. Arrêter unbonheur renaissant, l’expression est trop impropre. (V.) — Le sens enest très clair, et Corneille nous paroît s’être exprimé avec la précisionqui convient à la poésie. (P.) "
2 Cela est plus froid encore, pareeque Maxime fait ici l’enthousiastemal à propos. Quiconque s’échauffe trop refroidit. Maxime parle enrhéteur ; il devrait épier avec une douleur sombre toutes les paroles deCinna paraître jaloux, être près d’éclater, se retenir. Il est bien loin'l'être un véritable amant, comme le disait son confident; il n’est ni unvrai Romain, ni un vrai conjuré, ni un vrai amant; il n’est que froid etfaible: il a même changé d’opinion, car il disait à Cinna, au secondacte : Pourquoi voulez-vous assassiner Auguste, plutôt que de rece-voir de lui la liberté de Rome ! et à présent il dit : Pourquoi n*assas-sinez-vous pas Auguste 1 Veut-il par là faire persévérer Cinna dans lecrime, afin d’avoir une raison de plus pour être son délateur, commeCinna a voulu empêcher Auguste d’abdiquer, afin d’avoir un prétextede plus de l’assassiner \ en ce cas, voilà deux scélérats qui cachent leurbasse perfidie par des raisonnements subtils. (V.)
3 Voilà Cinna qui se donne lui-même le nom de lâche, et qui, par ce-