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ACTE III, SCÈNE III.
Et que l’honneur oppose au coup précipitéDe mon ingratitude et de ma lâcheté;
Mais plutôt continue à le nommer foiblesse,
Puisqu’il devient si foible auprès d’une maîtresse,
Qu’il respecte un amour qu’il devroit étouffer,
Ou que, s’il le combat, il n’ose en triompher.
En ces extrémités quel conseil dois-je prendre?
De quel côté pencher? à quel parti me rendre?
Qu’une ame généreuse a de peine à faillir 1 2 3 * * * * !
Quelque fruit que par là j’espère de cueillir,
Les douceurs de l’amour, celles de la vengeance,
La gloire d’affranchir le lieu de ma naissance,
N’ont point assez d’appâts pour flatter ma raison,
S’il les faut acquérir par une trahison ;
S’il faut percer le liane d’un prince magnanimeQui du peu que je suis fait une telle estime â ,
Qui me comble d’honneurs, qui m’accable de biens,
Qui ne prend pour régner de conseils que les miens.
O coup.' ô trahison trop indigne d’un homme 8 !
Dure, dure à jamais l’esclavage de Rome !
Périsse mon amour, périsse mon espoir,
Plutôt que de ma main parte un crime si noir!
Quoi ! ne m’offre-t-il pas tout ce que je souhaite,
Et qu’au prix de son sang ma passion achète?
Pour jouir de ses dons faut-il l’assassiner?
1 Ce vers ne prouve-t-il pas ce que j’ai déjà dit, que ce n’était pas àCinna à donner à l’empereur des conseils du fourbe le plus déterminé?S’il a une ame si généreuse, s’il a tant de ■peine à faillir, pourquoin’a-t-il pas affermi Auguste dans le dessein de quitter l’empire! S’il atant d q peine à faillir , pourquoi n’a-t-il pas senti les plus cuisants re-mords au moment qu’Auguste lui donnait Emilie! (V.)
2 Ce discours est d’un vil domestique, et non pas d’un sénateur ro-main ; il achève d’avilir son rôle qui était si mâle, si fier, si terrible aupremier acte. On s’intéressait à Cinna, et à présent on ne s’intéresse qu’àAuguste. (V.)
3 J’en reviens toujours à ce remords trop tardif ; je soupçonne qu’ij
serait très touchant, très intéressant, s’il avait été plus prompt, s’il
n’était pas contradictoire avec la rage d’épouser Emilie sur la cendre
d’Auguste. Métastasio, dans sa Clemenza di Tito, imitée de Cinna ,
commence par donner des remords à Sestus, qui joue le rôle de Cinna.
IV.)