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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE IV.

CINNA.

Aussi n’est-ce qu’à vous que je veux le devoir.

Je suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure 1 ;La pitié que je sens ne me rend point parjure ;

J’obéis sans réserve à tous vos sentiments,

Et prends vos intérêts par delà mes serments 2 .

J’ai pu, vous le savez, sans parjure et sans crime,Vous laisser échapper cette illustre victime.

César se dépouillant du pouvoir souverainNous ôtait tout prétexte à lui percer le sein ;

La conjuration s’en alloit dissipée,

Vos desseins avortés, votre haine trompée 3 ;

Moi seul j’ai raffermi son esprit étonné;

El pour vous l’immoler ma main Ta couronné.

EMILIE.

l’our me l’immoler, traître ! et tu veux que moi-mêmeJe retienne ta main ! qu’il vive, et que je l’aime!

Que je sois le butin de qui l’ose épargner 4 ,

Et le prix du conseil qui le force à régner!

CINNA.

Ne me condamnez point quand je vous ai servie :

Sans moi, vous n’auriez plus de pouvoir sur sa vie ;

Et, malgré ses bienfaits, je rends tout à l’amour,

Quand je veux qu’il périsse ou vous doive le jour 3 .

Prætor atrocem animum Catonis

Cette imitation est d’autant plus belle, qu’elle est en sentiment. Plu-sieurs s’étonnent qu’Émilie, affectant de penser comme Caton, ait ce-pendant reçu pendant quinze ans les bienfaits et l’argent d’Auguste,dont Vêpargne lui a été ouverte. Cette conduite ne semble pas s’ac-corder avec une inflexibilité héroïque dont elle fait parade. (V.)

• Il faut, ma foi est toujours pure. Ma foi ne peut être gouvernéepar je suis. Foi pure ne se dit qu’en théologie. (V.) — Foi pure n’estpas si exclusivement théologique qu’on ne puisse l’employer en poésiepour foi constante, foi inviolable. (P.)

i Par delà mes serments : expression dont je ne trouve que cetexemple ; et cet exemple me paraît mériter d’être suivi. (V.)

3 Votre haine s'en alloit trompée. C’est un barbarisme. (V.)

h Butin n'est pas le mot propre. (Y.)

5 La scène se refroidit par ces arguments de Cinna; il veut prouverqu’il a satisfait à l’amour, pareequ’il veut que le sort d’Auguste dépendede sa maîtresse. Toute cette tirade paraît un peu obscure. (Y.)