ACTE III, SCÈNE IV. 257
Une odieuse vie à qui le fait servir;
Il fuit plus que la mort la honte d’être esclave.
C1NKA.
C’est l’être avec honneur que de l’être d’Octave ;
Et nous voyons souvent des rois à nos genouxDemander pour appui tels esclaves que nous.
Il abaisse à nos pieds l’orgueil des diadèmes,
Il nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêmes 1 ;
Il prend d’eux les tributs dont il nous enrichit,
Et leur impose un joug dont il nous affranchit.
EMILIE.
L’indigne ambition que ton cœur se propose!
Pour être plus qu’un roi, tu te crois quelque chose 2 !
Aux deux bouts de la terre en est-il un si vainQu'il prétende égaler un citoyen romain ?
Antoine sur sa tête attira notre haineEn se déshonorant par l’amour d’une reine ;
Attale, ce grand roi, dans la pourpre blanchi,
1 II faut remarquer les plus légères fautes de langage. On est souve-rain de , on n’est pas souverain sur, encore moins souverain sur unegrandeur ; mais ce qui est bien plus digne de remarque, c’est que lesecond vers n’est qu’une faible répétition du premier. (V.)
2 Ce beau vers est une contradiction avec celui que dit Auguste aucinquième acte :
Qu’en te couronnant roi, je t’aurais donné moins *.
Ou Emilie, ou Auguste a tort. Il n’est pas douteux que le versd’Emilie, éteint plus romain, plus fort, et même étant devenu proverbe,ne dût être conservé, et celui d’Auguste sacrifié; mais il faut surtoutremarquer que ces hyperboles commencent à déplaire, qu’on y trouvemême du ridicule, qu’il y a une distance infinie entre un grand roi etun marchand de Rome, que ces exagérations d’une fille à qui Augustelait une pension révoltent bien des lecteurs, et que ces contestationsentre Cinna et sa maîtresse sur la grandeur romaine n’ont pas toute lachaleur de la véritable tragédie. (V.)
* Ce vers seroit une contradiction avec l’autre, si Corneille les eût placés fousdeux dans la bouche du même personnage ; mais il convient à Émilie républicainede parler avec mépris des rois, et Auguste doit croire qu’il est glorieux de ré-gner, puisqu’il a tout sacrifié à cette ambition. C’est une distraction de Voltaireque de n’avoir pas vu combien, par la différence de ces deux vers, les caractèressont parfaitement observes. (P.)
i. n
i