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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE IV.

Je saurai bien venger mon pays et mon père.

J’aurois déjà l’honneur d’un si fameux trépas,

Si l’amour jusqu’ici n’eût arrêté mon bras;

C’est lui qui, sous tes lois me tenant asservie,

M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie :

Seule contre un tyran, en le faisant périr,

Par les mains de sa garde il me falloit mourir.

Je t’eusse par ma mort dérobé ta captive;

Et comme pour toi seul l’amour veut que je vive ',

J’ai voulu, mais en vain, me conserver pour toi,

Et te donner moyen d’être digne de moi.

Pardonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompéeQuand j’ai pensé chérir un neveu de Pompée,

Et si d’un faux semblant mon esprit abuséA fait choix d’un esclave en son lieu supposé 2 .

Je t’aime toutefois, quel que tu puisses être 3 ;

1 Je remarque ailleurs que toutes les phrases qui commencent parcomme sentent la dissertation, le raisonnement, et que la chaleur dusentiment ne permet guère ce tour prosaïque. Mais est-ce un sentimentbien touchant* bien tragique, que celui d’Emilie î Je n'ai pas voulutuer Auguste moi-même , parcequ’on m'aurait, tuée ; je veux vivrepour loi, et je veux que ce soit toi qui hasardes ta vie , etc. (Y.) —Voltaire pouvoit-il se dissimuler qu’il dénaturoit ici le sentimentd’Emilie, et qu’il parodioitle texte en îeignant de l’interpréter 1 (P.)

, 2 II est trop dur d’appeler Cinna esclave au propre, de lui dire qu’ilest un fils supposé, qu’il est fils d’un esclave ; cette condition étaitau-dessous de celle de nos valets. (Y.) — Elle ne dit à Cinna, ni qu’ilest un fils supposé, ni qu’il est le fils d’un esclave ; elle lui reproche, enrépublicaine, le sentiment de bassesse qui paroît le familiariser avecl’idée d’un maître. Aux yeux d’une Romaine telle qu’Émilie, quiconquepeut s’accoutumer au sacrifice de sa liberté n’est plus qu’un esclave,quoiqu’il ne soit pas né dans la servitude. ( P.)

3 Doit-elle lui-dire que mille autres assassineraient l’empereur pourmériter les bonnes grâces d’une femme! cela ne révolte-t-il pas un peu?cela n’empêche-t-il pas qu’on ne s’intéresse â Emilie? Cette présomp-tion de sa beauté la rend moins intéressante. Une femme emportée parune grande passion touche beaucoup ; mais une femme qui a la vanitéde regarder sa possession comme le plus grand prix où l’on puisseaspirer révolte, au lieu d’intéresser. Emilie a déjà dit au premier actequ’on publiera dans toute l’Italie qu’on n’a pu la mériter qu’en tuantAuguste ; elle a dit à Cinnà : Songe que mes faveurs t’attendent. Icelle dit que' mille Romains tueraient Auguste pour mériter ses bonnes