270
CINNA.
Essayez sur Cinna ce que peut la clémence ;
Faites son châtiment de sa confusion,
Cherchez le plus utile en cette occasion :
Sa peine peut aigrir une ville animée,
Son pardon peut servir à votre renommée;
Et ceux que vos rigueurs ne font qu’etfarouclierPeut-être à vos bontés se laisseront toucher.
AUGUSTE.
Gagnons-les tout à fait en quittant cet empireQui nous rend odieux, contre qui l’on conspire,
J’ai trop par vos avis consulté là-dessus 1 ;
Ne m’en parlez jamais, je ne consulte plus.
Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise;
Si je t’ai mise aux fers, moi-même je les brise,
Et te rends ton État, après l’avoir conquis,
Plus paisible et plus grand que je ne te l’ai pris :
Si tu veux me haïr, hais-moi sans plus rien feindre;
Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre :
De tout ce qu’eut Sylla de puissance et d’honneur,
Lassé comme il en fut, j’aspire à son bonheur.
LIVIE.
Assez et trop longtemps son exemple vous flatte;
Mais gardez que sur vous le contraire n’éclate 2 :
Ce bonheur sans pareil qui conserva ses joursNe seroit pas bonheur s’il arrivoit toujours.
AUGUSTE.
Eh bien ! s’il est trop grand, si j’ai tort d’y prétendre,J’abandonne mon sang à qui voudra répandre.
Après un long orage il faut trouver un port;
Et je n’en vois que deux, le repos, ou la mort.
LIVIE.
Quoi! vous voulez quitter le fruit de tant de peines!
AUGUSTE.
Quoi ! vous voulez garder l’objet de tant de haines?
T Là-dessus, là-dessous, ci-dessus, ci-dessous, termes familiers qu’il'faut absolument éviter, soit en vers, soit en prose. ( Y.)
2 Ges deux vers n’expriment pas assez la pensée de l’auteur, neforment pas une image assez précise. Le contraire d’un exemple nepeut se dire. (Y.)