274
CINNA.
Que même de son maître on dit je ne sais quoi 1 :
On lui veut imputer un désespoir funeste 2 ;
On parle d’eaux, de Tibre, et l’on se lait du reste 8 .
EMILIE.
Que de sujets de craindre et de désespérer,
Sans que mon triste cœur eu daigne murmurer 4 !
A chaque occasion le ciel y fait descendreUn sentiment contraire à celui qu’il doit prendre :
Une vaine frayeur tantôt m’a pu troubler ;
Et je suis insensible alors qu’il faut trembler.
Je vous entends, grands dieux ! vos bontés que j’adoreNe peuvent consentir que je me déshonore ;
1 Je ne sais quoi est du style de la comédie ; et ce n’est pas assuré-ment unye ne sais quoi que la mort de Maxime, principal conjuré. (V.).
2 On lui veut imputer est de la gazette suisse; on veut dire qu'ils'est donné une bataille. (V.) — Levers sans doute est mauvais; maisVoltaire n’eût-il pas condamné dans un autre la comparaison inju-rieuse qu’il fait d’un vers de Corneille au style delà gazette suisse 1 (P.)
3 II est bien singulier qu’elle dise que Maxime s’est noyé, et qu’onse tait du reste. Qu’est-ce que le reste? et comment Corneille, qui cor-rigea quelques vers dans cette pièce, ne réforma-t-il pas ceux-ci?n’avait-il pas un ami? (V.) — Fulvie, comme le suppose Voltaire, nedit pas que Maxime se soit noyé, et qu’on se tait du reste; ce quiseroit insoutenable. Par le désordre de scs paroles, Corneille a crudonner une idée des bruits confus qu’elle a entendus ; mais elle n’af-firme rien ; elle ne paroît même ajouter aucune foi à ces bruits sansliaison et sans suite, sur lesquels chacun raisonne diversement, sans sefixer à rien de positif. 11 est bien vrai, comme le dit Voltaire, que Cor-neille auroit dû corriger tous ces vers beaucoup trop négligés; mais siFulvie ne s’exprime pas heureusement, Corneille ne lui fait rien dired’absurde. (P.) — Nous n’avons reconnu dans ce vers ni la singularitéqu’y a trouvée Voltaire, ni l’incorrection qu’y a vue Palissot. Il noussemble, au contraire, que Corneille a rendu aussi correctement et aussiclairement qu’il l’a voulu sa pensée, qui d’ailleurs ne peut échapper àpersonne : ce reste, c’est la cause du désespoir de Maxime.
* Cela n’est pas naturel. Emilie doit être au dçsespoir d’avoir conduitson amant au supplice. Le reste n’est-t-il pas un peu de déclamation?On entend toujours ces vers d’Emilie sans émotion. D’où vient cetteindifférence ? c’est qu’elle ne dit pas ce que toute autre dirait à saplace : elle a forcé son amant à conspirer, à courir au supplice, et elleparle de sa gloire! et elle est fumante d'un courroux généreux ! elledevrait être désespérée, et non pas fumante. (V.) — Et non pas fu-mante est une plaisanterie peu digne de Voltaire jugeant Corneille. ('P.)