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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE IV, SCÈNE V.

Et ne me permettant soupirs, sanglots ni pleurs,Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs.

Vous voulez que je meure avec ce grand courageQui m’a fait entreprendre un si fameux ouvrage ;

Et je veux bien périr comme vous l’ordonnez,

Et dans la même assiette où vous me retenez 1 .

O liberté de Rome! ô mânes de mon père !

J’ai fait de mon côté tout ce que j’ai pu faire :

Contre votre tyran j’ai ligué ses amis,

El plus osé pour vous qu’il ne m’étoit permis.

Si l’effet a manqué, ma gloire n’est pas moindre;N’ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre,

Mais si fumante encor d’un généreux courroux,

Par un trépas si noble et si digne de vous,

Qu’il vous fera sur l’heure aisément reconnoltreLe sang des grands héros dont vous m’avez fait naître.

SCÈNE Y.

MAXIME, ÉMILIE, FULVIE.

EMILIE.

Mais je vous vois, Maxime, et l’on vous faisoit mort 2 !

MAXIME.

Euphorbe trompe Auguste avec ce faux rapport ;

Se voyant arrêté, la trame découverte,

1 Pourquoi les dieux voudraient-ils qu’elle mourût dans cette as-siette ? qu’importe qu’elle meure dans cette assiette ou dans une autre 1ce qui importe, c’est qu’elle a conduit son amant et ses amis à la mort.

V.) — L’espèce de jeu de mots sur l 'assiette n’est pas plus digne deVoltaire; c’est parodier plutôt que critiquer. (P.)

2 Ne dissimulons rien, cette résurrection de Maxime n’est pas uneinvention heureuse. Qu’un héros qu’on croyait mort dans un combatreparaisse, c’est un moment intéressant ; mais le public ne peut souffrirun lâche que son valet avait supposé s’être jeté dans la rivière. Cor-neille n’a pas prétendu faire un coup de théâtre ; mais il pouvait évitercette apparition inattendue d’un homme qu’on croit mort, et dont onne desire point du tout la vie ; il était fort inutile à la pièce que sonesclave Euphorbe eût feint que son maître s’était noyé. (V.)