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CINNA.
Ces flammes dans nos cœurs sans votre ordre éloient nées;Et ce sont des secrets de plus de quatre anuées ;
Mais, quoique je l’aimasse, et qu’il brûlât pour moi,
Une haine plus forte à tous deux fit la loi ;
Je ne voulus jamais lui donner d’espérance,
Qu’il ne m’eût de mon père assuré la vengeance;
Je la lui lis jurer; il chercha des amis :
Le ciel rompt le succès que je m’étois promis ',
Et je vous viens, seigneur, offrir une victime;
Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime,
Son trépas est trop juste après son attentat,
Kt toute excuse est vaine en un crime d’État :
Mourir en sa présence, et rejoindre mon père,
C’est tout ce qui m’amène, et tout ce que j’espère.
AUGUSTE.
Jusques à quand, ô ciel, et par quelle raisonPrendrez-vous contre moi des traits dans ma maison ?
Pour ses débordements j’en ai chassé Julie;
Mon amour en sa place a fait choix d’Émilie,
Et je la vois comme elle indigne de ce rang.
L’une m’ôtait l’honneur, l’autre a soif de mon sang;
Et, prenant toutes deux leur passion pour guide,
L’une fut impudique, et l’autre est parricide 1 2 ,
O ma fille! est-ce là le prix de mes bienfaits?
EMILIE.
Ceux de mon père en vous firent mêmes effets 3 * * * * 8 .
AUGUSTE.
•Songe avec quel amour j’élevai ta jeunesse.
1 On ne rompt point un succès, encore moins un succès qu’on s’estpromis ; on rompt une union, on détruit des espérances, on fait avorterdes desseins, on prévient des projets : le ciel ne m’a pas accordé,Jm’ôte,me ravit le succès que je m’étais promis. (Y.)
2 II est ici question de Julie et d’Émilie. Ce mot impudique ne se
dit guère dans le style noble, parcequ’il présente une idée qui ne l’est
pas ; on n’aime point d’ailleurs à voir Auguste se rappeler cette idée
humiliante, et étrangère au sujet. Les gens instruits savent trop bien
qu’Émilie ne fut même jamais adoptée par Auguste ; elle ne l’est que
dans cette pièce. (V.)
8 Firent mêmes effets n’est recevable ni en vers ni en prose. (VJ