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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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CINNA.

CINNA.

Que vous m’ayez séduit, et que je souffre encoreD’être déshonoré par celle que j’adore!

Seigneur, la vérité doit ici s’exprimer :

J’avois fait ce dessein avant que de l’aimer ;

A mes plus saints désirs la trouvant inflexible,

Je crus qu’à dfautres soins elle seroit sensible ;

Je parlai de son père et de votre rigueur,

Et l’offre de mon bras suivit celle du cœur.

Que la vengeance est douce à l’esprit d’une femme 1 !

Je l’attaquai par là, par là je pris son aine " 1 2 ;

Dans mon peu de mérite elle me négligeoit,

Et ne put négliger le bras qui la vengeoit :

Elle n’a.conspiré que par mon artifice;

J’en suis le seul auteur, elle n’est que complice 3 4 .

EMILIE.

Cinna, qu’oses-tu dire? est-ce là me chérir,

Que de m’ôter l’honneur quand il me faut mourir?

CINNA.

Mourez, mais en mourant ne souillez point ma gloire.

EMILIE.

La mienne se flétrit, si César te veut croire.

CINNA.

Et la mienne sc perd, si vous lirez à vousToute celle qui suit de si généreux coups A

1 Ce vers paraît trop du ton de la comédie, et est d'autant plus dé-placé, qu’Emilie doit être supposée avoir voulu venger son père, nonpas parcequ’ellc a le caractère d’une femme, mais parcequ’cllc a écoutéla voix de la nature. (V.)

2 Expression trop familière. (V.)

.3 Pourquoi toute cette contestation entre Cinna et Emilie est-elle unpeu froide! C'est que si Auguste veut leur pardonner, il importe fortpeu qui des deux a séduit l’autre. Ces disputes, ces combats à quimourra l’un pour l’autre, font une grande impression quand on peuthésiter entre deux personnages, quand on ignore sur lequel des deux3e coup tombera, mais non pas quand tous les deux sont condamnés ('tcondamnables. (V.)

4 Tirez à. vous est une expression trop peu noble. Généreux coupsne peut se dire d’une entreprise-qui n’a pas eu d’effet. (-V.) -