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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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POEYEECTE.

PAULINE.

Moi! moi! que je revoie un si puissant vainqueur,

Et m’expose à des yeux qui me percent le cœur!

Mon père, je suis femme, et je sais nia foiblesse;

•le sens déjà mon cœur qui pour lui s’intéresse,

Et poussera sans doute, en dépit de ma foi,

Quelque soupir indigne et de vous et de moi.

Je ne le verrai point.

FÉLIX.

Rassure un peu ton aine.

PAULINE.

Il est toujours aimable, et je suis toujours femme >;

Dans le pouvoir sur moi que ses regards ont eu,

Je n’ose m’assurer de toute ma vertu 2 .

Je ne le verrai point.

FELIX.

Il faut le voir, ma fille,

Sévère pour l’apaiser t devait-il craindre qu’un courtisan poli d’unempereur juste vînt persécuter le père et la fille pareequ’il n’a pasépousé Pauline! ne serait-ce pas en partie la raison pour laquellel’hôtel de Rambouillet et le cardinal de Richelieu refusèrent leur suf-frage à Polyeude î (V.)

1 Ce combat de Pauline, qui dit deux fois qu’elle est femme, et deL'élix, qui, malgré ce danger, veut absolument que Pauline voie sonancien amant, n’aurait-il pas quelque chose de comique plus que detragique! Je suis toujours femme est une expression bourgeoise. (V.)

2 Cela contredit ce bel hémistiche, elle vaincra sans doute. 11 n’estpoint du tout convenable qu’une femme dise, je ne réponds pas de mavertu ; mais qu’elle le dise après quinze jours de mariage, cela paraîtbien peu décent. (V.) — Pauline ne se fait pas l’injure de douter de savertu. Qu’on lise la scène avec attention, et on sentira combien cettecritique est peu fondée. Pauline craint les combats auxquels elle vas’exposer ; et cette crainte, dans une femme honnête, est un sentimentrespectable. Elle dit, il est vrai, qu'elle n'ose s'assurer de toute savertu : mais cette défiance modeste qu’elle a d’elle-même ne supposepas une crainte honteuse. Voyez avec quelle noble fermeté elle ajouteensuite :

Ce n’est pas le succès qtie mon aine redoute.

Ce qu’elle craint (et elle en fait l’aveu à son père), c’est ce dur com-bat et ces troubles puissants que la femme la plus vertueuse éprouvelorsqu’il s’agit de combattre un ennemi qui lui est cher, et de s’armer,en quelque sorte, contre elle-même. (P.)