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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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r,80

POLYEUCTE.

S’il y daigne écouter mi conjugal amour,

Sur votre aveuglement il répandra le jour.

Seigneur, de vos bontés il faut que je l’obtienne 1 ;Elle a trop de vertus pour n’être pas chrétienne 2 :Avec trop de mérite il vous plut la former,

Pour ne vous pas connoîlre et ne vous pas aimer,Pour vivre des enfers esclave infortunée,

Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE.

Que dis-tu malheureux? qu’oses-tu souhaiter?

POLYEUCTE.

Ce «pie de tout mon sang je vondrois acheter.

PAULINE.

Que plutôt...!

POLYEUCTE.

C’est en vain qu’on se met en défense :Ce Dieu louche les cœurs lorsque moins on y pense.Ce bienheureux moment n’est pas encor venu;

Il viendra, mais le temps ne m’en est pas connu.

PAULINE.

Quittez cette chimère, et m’aimez.

POLYEUCTE.

Je vous aime,

Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-même.

PAULINE.

Au nom de cet amour, ne m’abandonnez pas.

POLYEUCTE.

Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.

PAULINE.

C'est peu de me quitter, tu veux donc me séduire?

POLYEUCTE.

C’est peu d’aller au ciel, je vous y veux conduire.

1 Je me souviens qu’autrefois l’acteur qui jouait Polyeucte avec desgants blancs et un grand chapeau, ôtait ses gants et son chapeau pourtaire sa prière à Dieu. Je ne sais pas si ce ridicule subsiste encore. (V.)

2 Ce vers est admirable. On a beau dire qu’un mahométan en diraitautant à Constantinople de sa femme, si elle était chrétienne, Elle atrop de vertus pour n’étre pas musulmane : c’est par cela même quecette idée est très belle, parcequ’elle est dans la nature. C’est ce qu'Ho-racc appelle bene morata fabula. (Y.J