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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE y, SCENE m.

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PAULINE.

Ali! mon père, son crime à peine est pardonnable;

Mais s’il est insensé, vous êtes raisonnable 1 :

La nature est trop forte, et ses aimables traitsImprimés dans le sang ne s'effacent jamais :

Un père est toujours père, et sur cette assurance4’ose appuyer encore un reste d’espérance.

Jetez sur votre fille un regard paternel :

Ma mort suivra la mort de ce cher criminel;

Et les dieux trouveront sa peine illégitime,

Puisqu’elle confondra l’innocence et le crime,

Et qu’elle changera, par ce redoublement 3 ,

En injuste rigueur un juste châtiment;

Nos destins, parvos mains rendus inséparables,

Nous doivent rendre heureux ensemble, ou misérables;

El vous seriez cruel jusquos au dernier point,

Si vous désunissiez ce que vous avez joint.

Un cœur à l’autre uni jamais ne se retire 3;fit pour l’en séparer il faut qu’on le déchire.

Mais vous êtes sensible à mes justes douleurs,

Et d’un œil paternel vous regardez mes pleurs.

PEUX.

Oui, ina fille, il est vrai qu’un père est toujours père;

Rien n’en peut effacer le sacré caractère;

Je porte un cœur sensible, et vous l’avez percé.

■le me joins avec vous contre cet insensé.

Malheureux Polyeucte, es-tu seul insensible?

Et veux-tu rendre seul ton crime irrémissible ?

Peux-tu voir tant de pleurs d’un œil si détaché '•?

* Ce vers est du style delà comédie. |Y.)

2 II est triste que redoublement ne puisse se dire en cette occasion :le sens est beau ; mais on n’a jamais appelé redoublement la mort d’unmari et d’une femme. (V.)

3 Ces maximes générales conviennent peu à la douleur : c’est làparler de sentiments ; ce n’est pas en avoir. Comment se peut-il faireque cette scène ne fasse jamais verser de larmes! N’est-ce point qu’onsent que Pauline n’agit que par devoir, et qu’elle s’efforce d’aimer unhomme pour lequel elle n’a point d’amour! D’ailleurs elle parle ici dedésunion après avoir parlé de redoublement de mort qui les sépare. (V.)

k Le cœur peut être détaché, mais l’œil ne l’est pas. (V.) —On