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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE I.

Et que les plus beaux feux dont son cœur soit éprisN’oseroient l’exposer aux hontes d’un mépris

Notre séjour à Borne enflamma son courage :

Là j’eus de son amour le premier témoignage,

Et depuis jusqu’ici chaque jour ses courriersM’apportent en tribut ses vœux et ses lauriers.

Partout, en Italie, aux Gaules, en Espagne,

La fortune le suit, et l’amour l’accompagne.

Son bras ne dompte point de peuples ni de lieux !

Dont il ne rende hommage au pouvoir de mes yeux,

Et, de la même main dont il quitte l’épéeFumante encor du sang des amis de Pompée,

Il trace des soupirs, et d’un style plaintif 3Dans son champ de victoire il se dit mon captif.

princesse disait publiquement qu’elle aime et qu’elle n’est point aimée,elle pourrait êtreavilie: mais il n’est pas vrai qu’une princesse n’avou$à sa confidente sa passion que quand elle est sûre d’être aimée. E*général , il faut s’interdire ce ton didactique dans une tragédie : ondoit, le plus qu’on peut, mettre les maximes en sentiment. Ce qu’il ya de pis, c’est que l’amour de Cléopâtre est très froid, et, contre leslois de la tragédie, il n’inspire ni terreur, ni pitié : ce n’est précisé-ment que de la galanterie, sans aucun intérêt; et cette galanterie estdes plus indécentes : c’est un très grand défaut. (V.)

t Soit épris est un solécisme ; mais de beaux feux qui exposent àdes hontes sont pis qu’un solécisme. (V.)

2 Lieux après peuples est inutile et languissant. Un bras qui domptides lieux révolte l’esprit et l’oreille. (V.)

S César qui trace des soupirs d’un style plaintif n'est point César;et ce ridicule augmente encore par celui de l’expression : on ne parle-rait pas autrement de Corydon dans une églogue. Est-il possible qu’onait dit que Corneille a banni la galanterie de ses pièces? il ne l’atraitée que trop : elle était alors la base de tous les ouvrages d’imagi-nation. Horatius Codés chante à l’écho dans Clélie, et fait des ana-grammes. Tout héros est galant. Remarquons que Dacier, dans nosnotes sur VArt poétique d’Horace, censura fortement la plupart deces fautes où Corneille tombe trop souvent. Il rapporte plusieurs versdont il fait la critique. Le seul amour du bon goût le portait à cettejuste sévérité dans un temps où il ne semblait pas encore permis decensurer un homme presque universellement applaudi. Boileau avaitbien fait sentir que Corneille péchait souvent par le style, par l’obscu-rité des pensées, quelquefois par leur fausseté, par l’inégalité, par destermes bas, et par des expressions ampoulées ; mais il le disait avec