POMPÉ K.
'VOS
SCÈNE Y.
CÉSAR, CLÉOPÂTRE, ANTOINE, LÉPIDE, ACIIORÉE,CIIARMtON.
CLÉOPÂTRE.
Plutôt qu’à ces périls je vous puisse exposer,
Seigneur, perdez eu moi ce qui les peut causer :
Sacrifiez ma vie au bonheur de la vôtre;
Le mien sera trop grand, et je n’en veux point d’autre 1 ,ïndigne que je suis d’un César pour époux,
Que de vivre en votre ame, étant morte pour vous.
CESAIÎ.
Reine, ces vains projets sont le seul avantageQu’un grand cœur impuissant a du ciel en partage 2 :Comme il a peu de force, il a beaucoup de soins 3 ;
Et, s’il pouvoit plus faire, il souhaiteroit moins,l.es dieux empêcheront l’effet de ces augures,
Et mes félicités n’en seront pas moins pures,
Pourvu que votre amour gagne sur vos douleurs 4Qu’en faveur de César vous tarissiez vos pleurs,
Et que votre bonté, sensible à ma prière,
serait encore plus décent de ne lui en point parler. De quoi se mêlc-elle! est-ce l’affaire de la veuve de Pompée, pour qui César a eu tantd’égards, tant de générosité ? Cela n’est ni convenable ni intéressant. IIest ridicule que Cornélie prononce ces paroles, que César les entende,‘•t. que Cléopâtre les souffre. (Y.)
1 Cléopâtre parle aussi mal que César a parlé : elle ne veut pointd’autre bonheur que d’être tuée par César, pareeque Cornélie a man-qué à toute bienséance, à toute honnêteté devant elle. (V.)
2 De vains projets qui sont le seul avantage qu’on ait du ciel enpartage ! et un grand cœur impuissant ! César vise au galimatias aussibien que Cornélie. (Y.) — Voilà donc la dernière impression que faitsur Voltaire le beau rôle de Cornélie, et le mot galimatias qui se re-trouve sous sa plume S (P.)
3 Beaucoup de soins; ce n’est pas là le mot propre. César veut direque Cornélie ne menace beaucoup que parcequ’elle a peu de pouvoir;mais le mot de soins ne remplit point du tout cette idée. (Y.)
'* Un amour qui gagne sur des douleurs! (Y.)