AU LECTEUR.
Bien que celte comédie soit de l’invention de Lope de\ ega, je ne vous la donne point dans le même ordre queje vous ai donné le Cid et Pompée , dont en l’un vous avezvu les vers espagnols, et en l’autre les latins, que j’ai tra-duits ou imités de Guillem de Castro et de Lucain. Ce n’estpas que je ri’aie ici emprunté beaucoup de choses de cet ad-mirable original ; mais, comme j’ai entièrement dépaysé lessujets pour les habiller à la françoise, vous trouveriez si peude rapport entre l’Espagnol et le François, qu’au lieu de sa-tisfaction vous n’en recevriez que de l’importunité.
Par exemple, tout ce que je fais conter à notre Menteurdes guerres d’Allemagne, où il se vante d’avoir été, l’Espa-gnol le lui fait dire du Pérou et des Indes, dont il fait le nou-veau revenu; et ainsi de la plupart des autres incidents, qui,bien qu’ils soient imités de l’original, n’ont presque point deressemblance avec lui pour les pensées, ni pour les termesqui les expriment. Je me contenterai donc de vous avouerque les sujets sont entièrement de lui, comme vous les trou-verez dans la vingt et deuxième partie de ses comédies. Pourle reste , j’en ai pris tout ce qui s’est pu accommoder à notre,usage; et, s’il m’est permis de dire mon sentiment louchantune chose où j’ai si peu de part, je vous avouerai èn mêmetemps que l’invention de celle-ci me charme tellement, queje ne trouve rien à mon gré qui lui soit comparable en cegenre, ni parmi les anciens, ni parmi les modernes. Elle esttoute spirituelle depuis le commencement jusqu’à la fin, ellesincidents si justes et si gracieux, qu’il faut être, à mon avis,de bien mauvaise humeur pour n’en approuver pas la con-duite , et n’en aimer pas la représentation.
Je me défierois peut-être de l’estime extraordinaire quej’ai pour ce poème, si je n’y étois confirmé par celle qu’en afaite un des premiers hommes de ce siècle, et qui non-seule-