LE MENTEUR
ACTE PREMIER.
SCÈNE I.
DORANTE, CLITON.
DORANTE.
A la fin j’ai quitté la robe pour l’épée :
L’attente où j’ai vécu n’a point été trompée;
Mon père a consenti que je suive mon choix,
Et j’ai fait banqueroute à ce fatras de lois *.
Mais pifisque nous voici dedans les Tuileries 9 ,
Le pays du beau monde et des galanteries,
Dis-moi, me trouves-tu bien fait en cavalier ?
Ne vois-tu rien en moi qui sente l’écolier?
Comme il est malaisé qu’aux royaumes du codeOn apprenne à se faire un visage à la mode,
J’ai lieu d'appréhender...
CLITON.
Ne craignez rien pour vous;
Vous ferez en une heure ici mille jaloux.
Ce visage et ce port n’ont point l’air de l’école,
Et jamais comme vous on ne peignit Barthoie :
Je prévois du malheur pour beaucoup de maris.
Mais que vous semble encor maintenant de Paris?
1 On disait alors faire banqueroute , pour abandonner, renoncer,quitter, se détacher, mais mal à propos ; banqueroute était impropre,même en ce temps-là, dans l’occasion où l’auteur l’emploie. Dorantene fait pas banqueroute aux lois, puisque son père consent qu’il re-nonce à cette profession. (V.)
2 Nous avons souvent remarqué ailleurs que dedans est une légèrefaute, et qu’il faut dans, (Y.)