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LE MENTEUR.
DORANTE.
J’en trouve l’air bien doux, et cette loi bien rudeQui m’en avoit banni sous prétexte d’étude.
Toi, qui sais les moyens de s’y bien divertir,
Ayant eu le bonheur de n’en jamais sortir,
Dis-moi comme en ce lieu l’on gouverne les dames.
CLITON.
C’est là le plus beau soin qui vienne aux belles arnesDisent les beaux esprits. Mais, sans faire le lin,
Vous avez l’appétit ouvert de bon matin !
D’hier au soir seulement vous êtes dans la ville,
Et vous vous ennuyez déjà d’être inutile!
Votre humeur sans emploi ne peut passer un jour,
Et déjà vous cherchez à pratiquer l’amour 2 !
Je suis auprès de vous en fort bonne postureDe passer pour un homme à donner tablature;
J’ai la taille d’un maître en ce noble métier, 3 ,
Et je suis, tout au moins, l’intendant du quartier.
DORANTE.
Ne t’effarouche point : je ne cherche, à vrai dire,
Que quelque connoissance où Ton se plaise à rire,
Qu’on puisse visiter par divertissement,
Où l’on puisse en douceur couler quelque moment.
Pour me connoître mal, tu prends mon sens à gauche.
CLITON.
J’entends, vous n’êtcs pas un homme de débauche,
Et tenez celles-là trop indignes de vousQue le son d’un écu rend traitables à tous 4 :
1 On prend un soin, on a un soin, on se charge d'un soin, on rend dessoins ; mais un soin ne vient pas. (V.)
2 On ne pratique point l’amour comme on pratique le barreau, lamédecine. (V.)
3 Quoique Corneille ait épuré le théâtre dans ses premières comédies,et qu’il ait imité ou plutôt deviné le ton de la bonne compagnie deson temps, il est pourtant encore ici loin de la bienséance et du bongoût ; mais au moins il n’y a pas de mot déshonnête, comme Scarrons’en permit dans de misérables farces des Jodelets, qui, à la honte dela nation, et même de la cour, eurent tant de succès avant les chefs-d’œuvre de Molière. (V.)
* Le son d’un écu et l’idée de ce veis sont des choses honteusesqu’on devrait retrancher pour l’honneur de la scène française. Ce ver»