ACTE I, SCÈNE III. LJ
Et si la recevant ce cœur même en murmure,
Il se plaint du malheur de ses félicités,
Que le hasard lui donne et non vos volontés.
Un amant a fort peu de quoi se satisfaire
Des faveurs qu’on lui fait sans dessein de les faire :
Comme l’intention seule en forme le prix 1 ,
Assez souvent sans elle on les joint au mépris.
Jugez par là quel bien peut recevoir ma flammeD’une main qu’on me donne en me refusant l’ame.
Je la tiens, je la touche, et je la touche en vain,
Si je ne puis toucher le cœur avec la main.
CLARICE.
Cette flamme, monsieur, est pour moi fort nouvelle,
. Puisque j’en viens de voir la première étincelle.
Si votre cœur ainsi s’embrase en un moment,
Le mien ne sut jamais brûler si promptement;
Mais peut-être, à présent que j’en suis avertie,
Le temps donnera place à plus de sympathie.
Confessez cependant qu’à tort vous murmurezDu mépris de vos feux, que j’avois ignorés.
SCÈNE III.
DOUANTE, CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE, CLITON.
DORANTE.
C’est l’eflet du malheur qui partout m’accompagne.
Depuis que j’ai quitté les guerres d’Allemagne,
C’est-à-dire du moins depuis un au entier,
Je suis et jour et nuit dedans votre quartier;
Je vous cherche en tous lieux, aux bals, aux promenades;Vous n’avez que de moi reçu des sérénades ;
Et je n’ai pu trouver que cette occasionA vous entretenir de mon affection.
CLARICE.
Quoi ! vous avez donc vu l’Allemagne et la guerre?
i Ces dissertations dont les phrases commencent presque toujourspar comme y et dont l’auteur a rempli ses tragédies, sont une de ceshabitudes qu’il avait prises en écrivant ; c’est la manière du peintre. (Y.