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LE MENTEUR.
Puisqu’il me donne lieu de ce petit service 1 ;
Et c’est pour moi, madame, un bonheur souverainQue cette occasion de vous donner la main.
CLAUICE.
I.'occasion ici fort peu vous favorise,
Et ce foible bonheur ne vaut pas qu’on le prise.
DORANTE.
II est vrai, je le dois tout entier au hasard ;
Mes soins ni vos désirs n’y prennent point de part ;
Et sa douceur mêlée avec cette amertumeNe me rend pas le sort plus doux que de coutume,
Puisque enfin ce bonheur que j’ai si fort prisé,
A mon peu de mérite eût été refusé.
CLARICE.
S’il a perdu sitôt ce qui pouvoit vous plaire,
Je veux être à mon tour d’un sentiment contraire,
Et crois qu’on doit trouver plus de félicitéA posséder un bien sans l’avoir mérité.
J’estime plus un don qu’une reconnoissance :
Qui nous donne fait plus que qui nous récompense ;
Et le plus grand bonheur au mérite rendu 2Ne fait que nous payer de ce qui nous est dû.
La faveur qu’on mérite est toujours achetée ;
L’heur en croît d’autant plus, moins elle est méritée ;
Et le bien où sans peine elle fait parvenirPar le mérite à peine auroit pu s’obtenir.
DORANTE.
Aussi ne croyez pas que jamais je prétendeObtenir par mérite une faveur si grande :
J’en sais mieux le haut prix ; et mon cœur amoureux,
Moins il s’en connoît digne, et plus s’en tient heureux.
On me l’a pu toujours dénier sans injure ;
sa déclaration d’amour, et que cet amour est un de ses mensonges ;cependant il est de bonne foi. (Y.)
1 Lieu d’un service n’est pas français : on donne lieu de rendre ser-vice. (V.|
2 Cela n’est pas français : on rend justice au mérite, on ne lui rendpas bonheur ( peut-être les premiers imprimeurs ont-ils mis bonheurau lieu d 'honneur). Cette scène languit par une contestation tropongue. (V.)