<6 LE MENTEUR.
La plus belle des deux, je crois que ce soit l’autre L
DORANTE.
Quoi! celle qui s’est tue, et qui dans nos proposN’a jamais eu l’esprit de mêler quatre mots?
CLITON.t
Monsieur, quand une femme a le don de se taire,
Elle a des qualités au-dessus du vulgaire;
C’est un effort du ciel qu’on a peine à trouver :
Sans un petit miracle il ne peut l’achever ;
Et la nature soutfre extrême violenceLorsqu’il en fait d’humeur à garder le silence.
Pour moi, jamais l’amour n’inquiète mes nuits;
Et, quand le cœur m’en dit, j’en prends par où je puis 1 2 .Mais naturellement femme qui se peut taireA sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire,
Qu’eût-elle en vrai magot tout le corps fagoté,
Je lui voudrois donner le prix de la beauté.
C’est elle assurément qui s’appelle Lucrèce :
Cherchez un autre nom pour l’objet qui vous blesse;
Ce n’est point là le sien : celle qui n’a dit mot,
Monsieur, c’est la plus belle, ou je ne suis qu’un sot.
DORANTE.
Je t'en crois sans jurer avec tes incartades.
Mais voici les plus chers de mes vieux camarades :
Ils semblent étonnés, à voir leur action.
1 Je crois que ce soit est une faute de grammaire, du temps mêmede Corneille. Je crois étant une chose positive, exige l’indicatif ; maispourquoi dit-on, je crois qu’elle est aimable, qu’elle a de l’esprittfit. croyez-vous qu’elle soit aimable, qu’elle ait de l’esprit! C’est quecroyez-vous n’est point positif ; croyez-vous exprime le doute de celuiqui interroge: Je suis sûr qu’il vous satisfera ; êtes-vous sûr qu’ilvous satisfasse ? Vous voyez, par cet exemple, que les règles de lagrammaire sont fondées, pour la plupart, sur la raison, et sur cettelogique naturelle avec laquelle naissent tous les hommes bien orga-nisés. (V.|
2 Ten prends par où je puis est un peu licencieux, et l’expression estdégoûtante. Ce n’est point ainsi que Térence fait parler ses valets. ( V.)