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LE MENTEUR.
Vous voyez sans péril nos batailles dernières!,
Et faites des festins qui ne vous coûtent guères.
Pourquoi depuis un an vous feindre de retour?
DOUANTE.
J’en montre plus de flamme, et j’en fais mieux ma cour.
CLITON.
Qu’à de propre la guerre à montrer votre flamme?
DOUANTE.
O le beau compliment à charmer une dame,
De lui dire d’abord : « J’apporte à vos beautés« Un cœur nouveau venu des universités ;
« Si vous avez besoin de lois et de rubriques,
« Je sais le Code entier avec les Authentiques,
« Le Digeste nouveau, le vieux, l’Infortiat,
« Ce qu’en a dit Jason, Balde, Accurse, Alciat ! »
Qu’un si riche discours nous rend considérables!
Qu’on amollit par là de cœurs inexorables!
Qu’un homme à paragraphe est un joli galant!
On s’introduit bien mieux à titre de vaillant :
Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace,
A mentir à propos, jurer de bonne grâce,
Étaler force mots qu’elles n’entendent pas ;
Faire sonner Lamboy, Jean de Vert, et Galas 1 ;
Nommer quelques châteaux de qui les noms barbares,
Plus ils blessent l’oreille, et plus leur semblent rares;Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés,
Vedette, contrescarpe, et travaux avancés :
Sans ordre et sans raison, n’importe, on les étonne,
On leur fait admirer les baies qu’on leur donne 2 :
finitif ouïr est-il resté, et le présent est-il proscrit t La syntaxe esttoujours fondée sur la raison : l’usage et l’abolition des mots dépen-dent quelquefois du caprice ; mais on peut dire que cet usage tendtoujours à la douceur de la prononciation : je Vois, j’ois , est sec etrude; on s’en défait insensiblement. (Y.)
1 Généraux de l’empereur Ferdinand ITT. (Y.)
S Baies signifie ici bourdes, cassades. II faut éviter soigneusementau milieu des vers ces mots baies, haies, et ne les jamais faire ren-contrer par des syllabes qui les heurtent. On est obligé de faire baiesde deux syllabes, et ce son est très désagréable : c’est ce qu’on ap-pelle le demi-ÂiafMs. Nous avons des règles certaines d’harmonie dan*