ACTE SECOND.
SCÈNE I.
GÉRONl'E, CLARICE, ISABELLE.
CI.ARICE.
Je sais qu’il vaut beaucoup étant sorti de vousMais, monsieur, sans le voir, accepter un époux,
Par quelque haut récit qu’on en soit conviée',
C’est grande avidité de se voir mariée;
D’ailleurs, en recevoir visite et compliment,
Et lui permettre accès en qualité d’amant,
A moins qu’à vos projets un plein effet réponde,
Ce seroit trop donner à discourir au monde.
Trouvez donc un moyen de me le faire voir,
Sans m’exposer au blâme et manquer au devoir.
GERONTE.
Oui, vous avez raison, belle et sage Clarice ;
Ce que vous m’ordonnez est la même justice 1 2 ;
Et comme c’est à nous à subir votre loi,
Je reviens tout à l’heure, et Dorante avec moi.
Je le tiendrai longtemps dessous votre fenêtre,
Afin qu’avec loisir vous puissiez le connoître 3 ,
1 Cette expression conviée, prise en ce sens, n’est plus d’usage ; maisj’ose croire que, si on voulait l’employer à propos, elle reprendrait sespremiers droits. Remarquez ici que la scène change. Le premier actes’est passé dans les Tuileries; à présent nous sommes dans la maisonde Clarice, à la place Royale : on aurait pu aisément supposer que lamaison est voisine du jardin des Tuileries, et que le spectateur voitl’une et l’autre. Nous avons déjà dit que l’unité de lieu ne consiste pasà rester toujours dans le même endroit,, et que la scène peut se passerdans plusieurs lieux représentés sur le théâtre avec vraisemblance :rien n’empêche qu’on ne voie aisément un jardin, un vestibule, unechambre. (V.)
2 La même justice ne signifie pas la justice même. Voyez ce qui estdit sur cette règle dans les notes sur la tragédie de Cinna. (V.)
3 Cette manière de présenter un amant à sa maîtresse, qu'il dcU
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