2« LE MENTEUR.
Examiner sa taille, et sa mine, et son air,
Et voir quel est l’époux que je vous veux donner LII vint hier de Poitiers, mais il sent peu l’école;
Et si l’on pouvoit croire un père à sa parole,Quelque écolier qu’il soit, je dirois qu’aujourd’huiPeu de nos gens de cour sont mieux taillés que lui.Mais vous en jugerez après la voix publique.
Je cherche à l’arrêter, parcequ’il m’est uniqueEt je brûle surtout de le voir sous vos lois.
CLARICE.
Vous m’honorez beaucoup d’un si glorieux choix.
Je l’attendrai, monsieur, avec impatience;
Et je l’aime déjà sur cette confiance.
SCÈNE II.
CLARICE, ISABELLE.
ISABELLE.
Ainsi vous le verrez, et sans vous engager.
CLARICE.
Mais pour le voir ainsi qu’en pourrai-je juger?
J’en verrai le dehors, la mine, l’apparence;
épouser, paraît un peu singulière dans nos mœurs; mais la pièce estespagnole, et, de plus, ce n’est point ici une entrevue : le père ne veutque prévenir Clarice par la bonne mine de son fils. (V.)
1 Son air... donner. Il faut rimer à l’oreille, puisque c’est pour elleque la rime fut inventée, et qu’elle n’est que le retour des mêmes sons,ou du moins de sons à peu près semblables. On prononçait donneren fesant sonner la finale r, comme s’il y avait eu donnair. (Y.)
2 On ne dit pas il m’est unique comme il m’est cher, U m’est agréa -Me, parceque unique n’est pas un adjectif, une qualité susceptible derégime; il est agréable pour moi, agréable à mes yeux. Unique estabsolu. Mais pourquoi dit-on, cela m’est agréable, et ne peut-on pasdire, cela m’est aimable? cela est plaisant à mon goût , et non pascela m’est plaisant ? C’est qu’ agréable vient d’ agréer ; cela m’agrée, audatif. Plaisant vient de plaire; cela me plaît, aussi au datif, commes’il y avait plaît a moi. Il n’en est pas ainsi d’aimer : j’aime cettepièce, et non cette pièce aime à moi; ainsi on ne peut dire, m’est ai-mable. (Y.)