LE MENTEUR.
Tu passes, infidèle, ame ingrate et légère,
La nuit avec ie fils, le jour avec le père t !
CLARICE.
Son père, de vieux temps, est grand ami du mien 2 .
ALCIPPE.
dette vieille amitié faisoit votre entretien ?
I u te sens convaincue, et tu m’oses répondre !
Te faut-il quelque chose encor pour te confondre?
CLARICE.
Alcippe, si je sais quel visage a le fils...
ALCIPPE.
La nuit é toi t fort noire alors que tu le vis.
II ne t’a pas donné quatre chœurs de musique,
Une collation superbe et magnifique,
Six services de rang, douze plats à chacun ?
Son entretien alors t’étoit fort importun?
Quand ses feux d’artifice éclairoient le rivage,
Tu n’eus pas le loisir de le voir au visage ?
Tu n'as pas avec lui dansé jusques au jour?
Et tu ne l’as pas vu pour le moins au retour ?
T’en ai-je dit assez? Rougis, et meurs de honte!
CLARICE.
Je ne rougirai point pour le récit d’un conte.
ALCIPPE.
Quoi? je suis donc un fourbe, un bizarre, un jaloux 3 !
CLARICE.
Quelqu’un a pris plaisir à se jouer de vous,
chant la lettre s, comme nous prononçons f aperçois, je vois, loi, roi;tous les oi étaient prononcés comme écrits avec l’o. Aujourd’hui qu’onprononce je connais, je parais, je verrais, j’aimerais, il est clair qu’ilfaut un a. ( V.)
t Cette idée ne serait pas tolérable, s’il n'était question d’une fêtequ’on a donnée. Le théâtre doit être l’école des mœurs. (V.)
2 On ne dit point de vieux temps, mais dès longtemps, depuis long-temps, de tout temps, toujours, en tout temps, en tous les temps. (V.)
* Il semble que l’auteur espagnol n’ait pas tiré assez de parti dumensonge de Dorante sur cette fête. La méprise d’un page qui a prisune femme pour une autre n’a rien d’agréable et de comique. D’ailleursce mensonge de Dorante, fait à son rival, devait servir au nœud de lapièce et au dénoument; il ne sert qu’à des incidents. (V.)