ACTE II, SCÈNE III.
Alcippe, croyez-moi.
ALCIPPE.
* Ne cherche point d’excuses;
Je connois tes détours, et devine tes ruses.
Adieu : suis ton Dorante, et l’aime désormais;
Caisse en repos Alcippe, et n’y pense jamais.
CLARICE.
Écoutez quatre mots.
ALCIPPE.
Ton père va descendre.
CLARICE.
Non, il ne descend point, et ne peut nous entendre;Et j’aurai tout loisir de vous désabuser.
ALCIPPE.
Je ne t’écoute point, à moins que m’épouser,
A moins qu’en attendant le jour du mariage,
M’en donner ta parole et deux baisers en gage >.
CLARICE.
Pour me justifier vous demandez de moi,
Alcippe?
ALCIPPE.
Deux baisers, et ta main, et ta foi.
CLARICE.
Que cela?
ALCIPPE.
Résous-loi, sans plus me faire attendre.
1 Cette indécence ne serait point soufferte aujourd’hui. On demandecomment Corneille a épuré le théâtre. C’est que de son temps on allaitplus loin : on demandait des baisers, et on en donnait. Cette mauvaisecoutume venait de l’usage où l’on avait été très longtemps en Francede donner, par respect, un baiser aux dames sur la bouche quand onleur était présenté. Montaigne dit qu’il est triste pour une dame d’ap-prêter sa bouche pour le premier mal tourné qui viendra à elle avectrois laquais. Les soubrettes se conformèrent à cet usage sur le théâtre.De là vient que dans la Mère coquclte de Quinault, jouée plus devingt ans après, la pièce commence par ce vers :
Je t’ai baisé deux fois. — Quoi ! tu baises par compte?
Il faut encore observer que, quand ces familiarités ridicules sont inu-tiles à l’intrigue, c’est un défaut de plus. (Y.)